Deux rivales (Gli indifferenti, Francesco Maselli, 1964)

mars 9th, 2010

Un homme séduit la mère et la fille d’une famille bourgeoise désargentée.

Un film sinistre, terne, creux qui se complait dans la représentation de personnages médiocres. La bassesse et l’insignifiance des sentiments exprimés engendre la nullité d’un film par ailleurs mis en scène sans la moindre inspiration. Même Claudia Cardinale, coiffée n’importe comment et dont le corps est rarement filmé en entier, ne s’avère pas beaucoup plus désirable que Paulette Goddard, quinquagénaire décadente apte à stimuler nos instincts les plus pervers. Cette aberration est à l’image d’une œuvre à l’opposé de toute jeunesse, tout désir, toute vitalité.

La ménagerie de verre (Paul Newman, 1987)

mars 2nd, 2010

Un homme qui a fui son foyer raconte comment sa mère, abandonnée par son mari, avait tenté de marier sa fille infirme qui s’évadait de la réalité grâce à sa collection d’animaux de verre.

Le dernier film de Paul Newman en tant que réalisateur, La ménagerie de verre, est réputé être un des films les plus fidèles au texte du célèbre dramaturge dont il est adapté: Tennessee Williams. Cela signifie que le récit avance souvent à travers de longues tirades, que les monologues sont nombreux et rarement concis, que le décor est unique, que le symbolisme n’est pas d’une très grande subtilité. Même la grande Joanne Woodward se laisse aller au cabotinage. Mais l’auteur a l’astuce de prévenir les reproches de théâtralité excessive en racontant son histoire via un flashback du fils annonçant que “tout ceci est une pièce de théâtre et ne saurait être réaliste”. Il ne s’agit pas d’un effet de distanciation gratuit mais d’une façon pas plus bête qu’une autre de rappeler ce vieil adage: “la frontière entre le théâtre et la vie est floue”.

Et de fait, le spectateur finit par oublier les artifices théâtraux. La tristesse, l’espoir, la mélancolie…Impossible de résister à la déferlante d’émotions diverses et variées, au concentré d’humanité brassée par La ménagerie de verre, à la justesse du regard de l’auteur sur ses magnifiques personnages. Des personnages d’Américains bouffés par leurs rêves. Par certains aspects, le film m’a rappelé Gens de Dublin qui sortait la même année. Les regrets de la mère lorsqu’elle évoque sa jeunesse à moitié fantasmée d’aristocrate sudiste sont comme une version acide de la nostalgie d’Anjelica Huston dans l’ultime chef d’œuvre de son père.

Si l’intérêt varie au cours des deux et quart du métrage, si l’outrance de certains passages saute aux yeux, la dernière partie balaye toutes les réticences. La longue scène au cours de laquelle Jim “ouvre les yeux” de Laura à la vie est une des plus belles jamais imprimées sur pellicule. A ce degré de vérité humaine, à ce  stade d’empathie pour les personnages, qu’importe que l’émotion tienne du cinéma ou du théâtre. Une seule certitude: le découpage et la lumière magnifient les acteurs, leurs visages. Karen Allen est superbe de fragilité. Rarement personnage de fiction aura suscité autant de tendresse, de compassion que le sien dans La ménagerie de verre. Voir Laura se mettre à danser et mourir…

La toile d’araignée (The Drowning Pool, Stuart Rosenberg, 1975)

février 28th, 2010

Un détective privé est appelé par une de ses anciennes maîtresses pour enquêter sur un chantage dont sa riche famille est victime.

La toile d’araignée est un “néo-noir” qui rappelle beaucoup Le grand sommeil. Paul Newman ne manque pas de classe. Le film est mis en scène avec un certain détachement derrière lequel affleure la mélancolie liée au personnage de l’épouse jouée par Joanne Woodward. Cette évocation, pour superficielle qu’elle soit, manifeste l’élégance de celui qui ne s’appesantit pas et fait de ce polar de studio un beau film.

Decoy (Jack Bernhard, 1946)

février 25th, 2010

Une garce séduit le médecin légiste du pénitencier pour qu’il trafique l’exécution de son amant condamné à mort qui seul connaît l’emplacement de son magot…

…Et ceci n’est qu’un aspect de l’histoire ahurissante racontée par Decoy, série Z de la Monogram dont l’intérêt se limite à l’immoralité absolue de son héroïne. En dehors de quelques idées qui brillent par leur mauvais goût (le plan subjectif depuis la chambre à gaz pendant l’exécution), la mise en scène est d’une ennuyeuse platitude. Il n’y a pas un millième de la poésie de Détour, autre film noir fauché. Dommage.

Contrechamp ici

La poursuite implacable (Revolver, Sergio Sollima, 1973)

février 22nd, 2010

De mystérieux bandits enlèvent l’épouse d’un sous-directeur de prison et exigent de celui-ci qu’il libère un détenu.

Ceci n’est que la ligne directrice d’un récit politico-policier compliqué mais raconté avec suffisamment de clarté pour ne pas perdre le spectateur. Le duo formé par Oliver Reed en flic brutal mais fou amoureux de sa femme et par Fabio Testi en jeune truand écervelé fonctionne bien. Les caractères sont assez nuancés pour faire rebondir intelligemment la narration. Ce qui n’empêche pas Revolver de prendre un tour authentiquement tragique lors d’une fin où toute l’amertume de la compromission morale du héros est brillamment évoquée. On notera alors la relative subtilité de l’expression du discours politique qui passe par le drame du personnage et non par un assénement a priori (différence entre Boisset et Sollima?).

Bref, il y avait la matière pour faire de Revolver un grand polar. Malheureusement, le film est plombé par une mise en scène franchement indigente. Un exemple: lors d’une séquence, les deux personnages qui traversent clandestinement la frontière franco-italienne voient un hélicoptère de la gendarmerie française. Eh bien, rien dans le cadrage ni le découpage n’est créé pour instaurer une quelconque tension, un quelconque sentiment de peur ou d’incertitude. Fabio Testi qui dit “attention, la police française!”, un bête contrechamp sur l’hélico, les personnages qui se dispersent dans le plan, et hop on passe à la suite. Sollima aurait remplacé ses images par un carton “la police française arrive, nos personnages se dispersent et nos héros s’enfuient” que l’effet aurait été strictement le même. Il n’y a aucune attention du metteur en scène aux lieux divers et variés dans lesquels évoluent ses protagonistes. Comment voulez-vous dans ces conditions être profondément impliqué dans le film? Heureusement, les jeunes Italiennes dénudées et surtout la musique particulièrement inspirée d’Ennio Morricone assurent la patine qui rend ce Revolver assez attachant.

Juge et hors-la-loi (The life and times of judge Roy Bean, John Huston, 1972)

février 20th, 2010

L’histoire de Roy Bean, ancien bandit qui s’autoproclama juge dans une petite ville à l’Ouest du Pecos.

Pendant les trois quarts du film, le ton est ironique et John Huston ne prend pas l’histoire qu’il raconte au sérieux. Du coup, le spectateur non plus. Si le parti-pris de faire une comédie, parti-pris impliquant notamment une rigueur scénaristique dont Juge et hors-la-loi est dépourvu, avait été clairement assumé, l’ennui aurait peut-être été moindre. Malheureusement, il s’agit plus pour l’auteur d’afficher son incrédulité par rapport aux conventions du genre en revêtant sa mise en scène de l’apparat de la modernité (les adresses à la caméra, complètement incongrues) que de divertir le public.

Cependant, après cette première partie stérile, le ton devient plus sérieux, le véritable sujet se dessine. C’est le portrait d’un rêveur dépassé par la réalité. Cela donne lieu à quelques jolies séquences dans lesquelles l’impuissance de Roy Bean est amèrement montrée mais on regrette d’autant plus qu’elles n’aient pas été portées par une dramaturgie plus étoffée.

Caught (Max Ophuls, 1949)

février 14th, 2010

Une mannequin d’origine modeste épouse un riche industriel mais celui-ci s’avère psychologiquement dérangé.

Il est intéressant de voir que même lorsqu’il réalise un film noir à Hollywood, Max Ophuls reste fidèle à ses préoccupations thématiques, à savoir la condition des femmes, et plus spécialement ici leurs rêves et espoirs modelés par l’environnement social. On appréciera le fini plastique hollywoodien (superbe photographie de Lee Garmes) mais on regrettera les ficelles vraiment trop énormes d’un scénario boiteux. Caught est un film oublié parce qu’oubliable.

L’homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957)

février 8th, 2010

Le titre est un parfait résumé du film.

Et pourtant celui-ci ne cesse de surprendre. C’est que l’idée de base, loin de stériliser l’inventivité des auteurs, entraîne les idées de mise en scène. L’environnement du héros est le moteur de la narration. Un canapé, une paire de ciseaux, une araignée, une maison de poupée…sont autant d’éléments concrets générateurs de péripéties et qui font de L’homme qui rétrécit un formidable film d’aventures. Une buanderie devient un territoire aussi riche de possibles que l’Amazonie. D’une façon élémentaire donc implacable, L’homme qui rétrécit montre que l’homme possède en lui les ressources intellectuelles et morales lui permettant de maîtriser n’importe quel environnement hostile. On appréciera également la fin -aussi logique qu’inattendue- qui donne une portée cosmique à ce poème humaniste. L’homme qui rétrécit est véritablement une quintessence de la “série B” américaine.

L’expédition du Fort-King (Seminole, Budd Boetticher, 1952)

février 4th, 2010

Un officier dont le meilleur ami est le leader des Séminoles est affecté dans une garnison menée par un commandant qui veut anéantir ces Séminoles.

L’expédition de Fort-King est un western conventionnel reposant sur des dilemmes psychologiques éculés et peu développés. Les enjeux politiques de la pacification de la Floride sont outrageusement simplifiés suivant un procédé chère à la mauvaise dramaturgie hollywoodienne: le personnage du méchant porte tout le poids de la responsabilité du mal. Ce qui rend le film assez niais. Reste le décor inhabituel des marais de Floride mais la mise en scène n’a pas la vigueur de celle de Walsh dans Distant drums.

La clé de verre (Stuart Heisler, 1942)

février 2nd, 2010

Un caïd s’amourache de la fille de l’adversaire du candidat qu’il supporte.

Et c’est le début d’une histoire compliquée. La sécheresse de la mise en scène n’exclut pas une certaine cruauté. C’est en fait une histoire d’amitié qui est au coeur de l’intrigue emberlificotée. Ce manque de clarté d’une narration par ailleurs trop verbale fait que La clé de verre n’est pas le meilleur film du duo Ladd/Lake.