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Archive for mai, 2008

Barbe-bleue (Edgar G. Ulmer, 1944)

Vendredi, mai 30th, 2008

Histoire vue et revue du tueur en série qui tombe amoureux d’une de ses victimes. John Carradine dans le rôle-titre est convaincant, la mise en scène clairement expressioniste d’Ulmer réserve quelques belles séquences mais l’ensemble manque d’efficacité narrative, ainsi la longue explication pyschologique finale alourdit considérablement un film qui ne dure guère plus d’une heure. Ajoutons aux reproches une musique omniprésente et franchement agaçante. Film très moyen donc.

Miracle au village (Miracle of Morgan’s Creek, Preston Sturges, 1944)

Mercredi, mai 28th, 2008

Pendant la Seconde guerre mondiale, un homme que l’armée a recalé tente de limiter les dégâts suite au mariage, lors d’une fête trop arrosée, de la femme qu’il aime avec un soldat parti au front.
Toute la première partie avant le mariage est très bien vue, l’enchaînement des situations particulièrement brillant montrant l’homme se mettre petit à petit dans un pétrin hallucinant pour les beaux yeux de la femme. Par la suite, Preston Sturges s’éloigne du couple pour aller vers une dérision plus générale, dans laquelle il exerce avec virtuosité son comique de l’absurde et de la destruction. Les nombreuses séquences qui se concluent par la chute d’un personnage renvoient aux grandes heures du burlesque. Néanmoins, aussi brillantes que puissent être son écriture et sa mise en scène, il manque peut-être à Sturges une vision du monde qui le hisserait au niveau des plus grands. La mécanique profondément humaniste de Lubitsch, la foi inébranlable de McCarey, ou même la délicieuse régression adolescente de Hawks, étaient la marque de grands artistes qui chacun à leur façon révélaient une vérité essentielle sur le couple ou sur le monde. En revanche, la verve essentiellement destructrice de Sturges -qui n’a rien d’anarchisante au contraire de celle des Marx par exemple- a une portée plus limitée. Les personnages ne sortent guère de leur caractérisation grotesque. Ainsi, alors que McCarey et Lubitsch savaient faire rire sans sacrifier l’émotion, on ne croit pas une seule seconde aux pleurs de Betty Hutton qui est d’ailleurs une actrice assez insupportable.
Mais que ces quelques réserves n’induisent pas l’amateur en erreur: Miracle au village est un film certes superficiel mais jubilatoire et très drôle. Ce qui est le principal pour une comédie.

Diable au soleil (Kings go forth, Delmer Daves, 1958)

Mardi, mai 27th, 2008

De la romance tourmentée sur fond de guerre, le tout saupoudré d’un message bien-pensant. Diable au soleil est un parfait archétype du film « de prestige » hollywoodien, genre d’entreprise impersonnelle taillée sur mesure pour les Oscars dont l’insupportable Tant qu’il y aura des hommes pourrait être considéré comme le parangon. Passer outre les clichés débités à la pelle (ça se passe en France donc je vous laisse imaginer…), les bons sentiments qui tiennent lieu de psychologie, la timide audace (l’héroïne métisse jouée par…Natalie Wood !), les rebondissements prévisibles (la réconciliation des rivaux sous le feu de l’ennemi) alors que le film ne cesse de se prendre au sérieux à coups de tirades lénifiantes comme quoi le racisme c’est pas bien demande une énorme dose de foi au spectateur. Alors bon, le filmage d’un Delmer Daves est moins sec que celui d’un Zinnemann, ses quelques gros plans, son noir et blanc soyeux font que ses séquences de baisers seront toujours plus érotiques que celles de son collègue autrichien -et sans les vagues s’il vous plaît- mais il n’empêche: le film reste médiocre. Pour un beau film sur l’armée américaine en garnison dans une ville européenne, on se tournera vers le moins connu mais nettement moins idiot A bell for Adano.

Mademoiselle général (Flirtation Walk, Frank Borzage, 1934)

Vendredi, mai 23rd, 2008

Film musical à la gloire de West Point avec défilés militaires qui n’en finissent pas. Niais, longuet et franchement chiant je défie quiconque d’y retrouver le style de Borzage. Reste les numéros de Dick Powell qui n’intéressent d’ailleurs plus grand-monde. La différence entre ce film et le précédent -deux films de Borzage avec Powell destinés à célébrer une partie de l’armée américaine- c’est la différence entre la ringardise et la désuétude.

Amis pour toujours (Shipmates Forever, Frank Borzage, 1935)

Vendredi, mai 23rd, 2008

Regarder un film comme ça, c’est goûter un plaisir précieux, celui d’effleurer un univers oublié, un univers naïf et pétri de valeurs aussi désuètes que le courage sacrificiel ou la foi en ses camarades. Frank Borzage a excellé dans ce cinéma édifiant et révolu, il filme ici avec autant de pudeur que de sensibilité les trémolos dans la voix d’une orpheline, les chants de marins en soirée, les discussions houleuses d’un père amiral avec son fils chanteur ou les funérailles d’un jeune héros. C’est pourquoi en dépit de quelques ficelles scénaristiques grossières, Amis pour toujours est un très bon film, un produit pour jeune premier (le crooner Dick Powell, impeccable dans un rôle un peu plus complexe qu’à l’accoutumée) transcendé par la sensibilité unique de son réalisateur qui est peut-être avant tout un grand directeur d’acteurs.

Les aventures de Tom Sawyer (Norman Taurog, 1937)

Jeudi, mai 22nd, 2008

Tom Sawyer, le livre préféré de mon enfance…Cette production Selznick fait partie de ces illustrations romanesques dont la fidélité à la lettre fait la beauté (par exemple, La gloire de mon père mise en scène par Yves Robert). Le film est donc un ensemble charmant de vignettes en Technicolor qui a entraîné chez moi une série de réminiscences enfantines: mon premier amour imaginaire, Becky Thatcher, cette tête à claques de Sid, les frayeurs avec Joe l’Indien (d’ailleurs le film contient un ou deux plans qui ont marqué les créateurs de Twin Peaks), une vie rêvée à base de parties de pêche et de chasses au trésor, le tout pieds nus évidemment. La vision de ce film, véritable expérience proustienne en cela qu’elle a révélé un sens profond à des souvenirs enfouis, m’a fait comprendre combien le chef d’oeuvre de Mark Twain a compté dans mon penchant pour l’imaginaire. D’ailleurs, je m’arrête ici parce que je ne pourrais continuer cette critique sans raconter un peu de ma vie.

Girls in chain (Edgar G. Ulmer, 1943)

Mercredi, mai 21st, 2008

Un film fauché, certainement encore moins que B, produit par un studio inconnu au bataillon (Atlantis Pictures), les comédiens sont médiocres. Devant certaines séquences qui ne durent qu’une seconde et demi, on se demande même si une partie du métrage ne s’est pas perdue depuis toutes ces années malgré la restauration effective de la copie… Et pourtant…Pourtant quelque chose dans ce film fonctionne, grâce au génie réel d’Edgar G.Ulmer, à ses mouvements de caméra toujours pertinents, à la stylisation de certains éclairages (pas tous non plus, il ne faut pas exagérer), à l’originalité du lieu de l’action (des maisons de correction pour filles) et à un scénario qui n’y va pas avec le dos de la cuillère lorsqu’il s’agit de s’en prendre à la corruption municipale incarnée dans un seul méchant qui tient toute la ville entre ses mains (un peu comme dans cette autre film noir très féminin qu’est Deux rouquines dans la bagarre). Le film n’a pas peur de l’outrance mélodramatique, il n’a pas le temps de faire des fioritures ou de s’embarrasser du bon goût. Bref, Girls in chain est plusieurs crans en dessous des petits chefs d’oeuvre que constituent les réussites majeures du cinéaste (Le bandit, Détour, Le démon de la chair…) mais c’est un film qui arrive à tirer parti de son contexte de production qu’on imagine aisément lamentable.

La fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952)

Dimanche, mai 18th, 2008

Deux scénaristes imaginent la rencontre d’une jeune Parisienne avec un charmant cambrioleur le jour de la fête nationale.
La mise en abyme commence dès un excellent générique façon Guitry. Cette histoire de l’écriture d’un film est d’abord l’occasion d’une savoureuse auto-critique de la part des auteurs du film. Le personnage du scénariste qui se complait dans la noirceur, la misanthropie, la bassesse et l’anti-cléricalisme primaire préfigure le pamphlet de Truffaut contre le cinéma français deux ans avant sa publication. Il y a lieu de croire que, de la part de Duvivier dont le pessimisme forcené était parfois agaçant, cela relève d’un réjouissant sens de l’auto-dérision. Le film raconte donc deux histoires, celles du processus d’écriture, et celle du film imaginé. Or le film imaginé, l’amourette d’Henriette, est clairement l’intrigue la plus importante du film mais il est difficile de s’y intéresser dans la mesure où les processus d’immersion et d’identification sont régulièrement stoppés par des retours à la « réalité » des scénaristes qui renvoient la nature fictive de l’histoire racontée à la face du spectateur. Ajoutons que les jeunes premiers choisis pour jouer les amoureux, Michel Roux surtout, n’aident pas…La fête à Henriette, film intéressant, charmant mais profondément bancal donnera lieu à un remake américain réalisé par Richard Quine -Deux têtes folles- où l’accent sera mis sur la relation entre le scénariste et sa secrétaire, joués par William Holden et Audrey Hepburn. Là, c’est le traitement systématiquement parodique des situations imaginées qui empêchera le film d’être pleinement convaincant.