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Les conducteurs du Diable (Red Ball Express, Budd Boetticher, 1952)

La mission des conducteurs du Red Ball Express, chargés de ravitailler les chars de Patton à travers une France encore pleine d’Allemands.

Red Ball Express a d’abord les qualités propres à tous les bons petits films de guerre hollywoodiens:  sécheresse du style, noblesse simple des caractères, sobriété documentaire (les images d’archives sont particulièrement bien montées). Ensuite, si quelques aspects du récit sont traités par dessus la jambe (le trauma à l’origine de la haine entre les deux chefs), plusieurs passages obligés du genre sont au contraires intégrés avec une audace et une intelligence humaniste tout à fait singulières. Ainsi de la rupture de ton au moment où la famille française offre à manger au soldat américain. En un plan sur la petite fille affamée, la scène passe d’un comique un peu épais à l’émouvante évocation de la dureté du rationnement et donc de la générosité des Français. La conventionnelle relation nouée entre la jeune femme de la maison et le militaire s’en trouve ancrée dans une certaine vérité humaine.

Mais ce qui reste le plus étonnant ici, c’est la façon dont sont filmées les différentes communautés à l’intérieur de la U.S Army. Red Ball Express est à ma connaissance le seul film de guerre américain de son temps à donner une telle présence aux soldats noirs. Il le fait sans forfanterie militante, sans même que ce soit son sujet principal. Simplement, montrant une unité américaine au travail, il n’oublie pas de montrer les tensions raciales que pouvait y occasionner la coexistence forcée entre hommes de couleurs différentes. Le problème du racisme est ainsi présenté au détour d’une -excellente- réplique d’un soldat blanc à son compagnon aspirant-écrivain: « je ne veux pas apparaître dans ton livre, j’aurais l’impression d’être figurant dans un minstrel show  ». Au cours du film, plusieurs belles séquences verront l’ensemble des soldats charger leurs camions en chantant des negro spirituals transformés en chants militaires. Il y a aussi une scène analogue avec un chant yiddish.

Red Ball Express s’avère ainsi le récit d’une fraternité conquise et finalement un des seuls films, avec ceux de Ford sur la cavalerie, qui donne corps à cette idée, belle et naïve, de l’armée creuset du melting-pot américain. C’est en cela un beau film.

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3 Responses to “Les conducteurs du Diable (Red Ball Express, Budd Boetticher, 1952)”

  1. Dédé le Teubé dit :

    Je pensais avoir vu de Boetticher tout ce qui valait la peine d’être vu. Eh bien c’était sans compter sur cet excellent film plein de ruptures de ton formidables, qui passe de moments de pure tension psychologique et d’action pétaradante à des scènes calmes, sereines, touchantes ou rigolardes, le tout avec un étonnant bonheur. Le propos racial en filigrane est effectivement très bien amené; j’ai rarement voire jamais vu un film de cette époque où la coexistence des blancs et des noirs dans un détachement milltaire – avec ce qu’elle représente de conflits et de différences culturelles – est montrée avec autant de naturel et une telle absence d’ostentation. Ne trouvez-vous pas que Jeff Chandler a de furieux airs de Gregory Peck ?

  2. admin dit :

    je dois dire que la ressemblance ne m’a pas sauté aux yeux…
    en tout cas, si vous avez apprécié cet acteur, il faut voir Les maraudeurs attaquent

  3. Dédé le Teubé dit :

    Oui c’est un bon Fuller mais dans ses films de guerre je préfère J’ai vécu l’enfer de Corée.