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Quatre nuits d’un rêveur (Robert Bresson, 1971)

La rencontre entre un puceau rêveur et une jeune fille qui s’est promise à un homme dont elle attend le retour.

Quatre nuits d’un rêveur est un des films les moins plombants de la seconde partie de carrière de Robert Bresson (celle que je fais commencer avec Au hasard Balthazar). Vidé de l’excessive sentimentalité qui était celle de la nouvelle de Dostoïevski dont il est adapté, le récit est relativement léger; on pense à Rohmer. Quoique la fin ne soit pas joyeuse, on est très loin du pessimisme forcené qui caractérise Au hasard Balthazar aussi bien que L’argent ou Le diable probablement. Il y a même une savoureuse digression où la proverbiale blancheur de la diction bressonienne est source d’un humour subtil et bienvenu: lorsque l’étudiant en art déblatère des théories absconses avec le plus grand des sérieux, l’effet drolatique est certainement voulu de la part du vieux grigou. Quatre nuits d’un rêveur est aussi le film où l’érotisme bressonien est le plus flagrant même s’il y a quelque chose de fondamentalement pervers dans la façon dont le corps de la belle Isabelle Weingarten est filmé: à l’instar des réalisateurs de films pornographiques, Bresson se focalise sur des fragments du corps féminin (les articulations notamment) plus que sur sa totalité.

Néanmoins, Bresson reste Bresson et le volontarisme de son style en vient à nuire à la présence de ses personnages et de ses décors. La neutralité inébranlable (et parfaitement arbitraire) du « jeu » de Isabelle Waingarten fait que l’on ne croit jamais à la passion amoureuse censée animer la jeune fille. Le spectateur imaginera cette passion à travers les éléments du récit, récit rigoureusement mené, mais il n’en ressentira aucun effet. Bresson filme des idées (idée de l’abnégation, idée de la mélancolie) avant de filmer des êtres de chair et de sang mis en situation. Cette approche cérébrale et systématique de la mise en scène, problématique en soi puisqu’elle désincarne la matière dramatique au nom d’une conception du cinéma arbitraire et stérilisante, l’est particulièrement dans un film d’amour.

Cependant, force est de constater que dans Quatre nuits d’un rêveur, la méthode du cinéaste fait mouche à plusieurs endroits. Ainsi la scène muette où Jacques contemple les couples du jardin public. Le montage se charge alors d’exprimer l’amertume de la situation. Cela reste très appliqué (champ sur une jeune fille dans les bras de son amant/contre-champ sur le visage impassible de Jacques) mais cela est assez évocateur car les comédiens ne ruinent pas le potentiel de la scène avec des dialogues littéraires dits d’un ton monocorde.

En définitive, s’il n’est pas complètement réussi du fait de l’infirmité foncière de la mise en scène bressonienne, Quatre nuits d’un rêveur est un film suffisamment original (au sein de l’oeuvre de son auteur aussi bien que d’une façon plus générale) et suffisamment concis pour maintenir l’attention en éveil.

Un joli contre-champ

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