Archive for the ‘1930-1939’ Category

Le dernier tournant (Pierre Chenal, 1939)

Mardi, août 24th, 2010

La première adaptation du Facteur donne toujours deux fois.

Sans être un grand film, Le dernier tournant est un bon film noir à la française. Le décor est solidement planté grâce à une exposition parfaite. Michel Simon, excellent, insuffle sa part d’humanité au récit policier. En revanche, l’attirance érotique -essentielle dans cette histoire- est exprimée non pas visuellement mais par des tirades peu vraisemblables (surtout lorsqu’elles sont dites par la jeune Corinne Luchaire, fille gironde mais comédienne limitée). C’est la principale faiblesse de cette version du fameux roman de James M.Cain par ailleurs impeccablement ficelée.

Le corsaire de l’Atlantique (Seas beneath, John Ford, 1931)

Dimanche, août 1st, 2010

A la fin de la Première guerre mondiale, un navire américain a pour mission de neutraliser un redoutable sous-marin allemand. Lors d’une escale, un officier américain va s’amouracher de la soeur du commandant germain…

Seas beneath appartient à la même lignée que Patrouille en merLes hommes de la mer, Les sacrifiés et autres Permission jusqu’à l’aube: c’est un des films dans lesquels John Ford filme l’équipage d’un navire. Plus que les batailles, c’est la vie des marins qui importe ici. La camaraderie, les fanfaronnades des vieux loups de mer, la timidité des bleusailles, les escales dans les ports, les rencontres avec des femmes à la morale douteuse…Avec un tel matériau, vous vous en doutez, Ford est aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau. En mettant en scène les situations avec ce qu’il faut de truculence, il donne vie et donc vérité à ce qui n’aurait pu être qu’un film de guerre conventionnel.

De plus, Seas beneath se distingue par un réalisme quasi-documentaire: une attention particulière est dédiée à la technique des marins et sous-mariniers lors de la scène de bataille finale. On notera également le profond respect avec lequel les Allemands sont représentés; le cinéaste offre à l’équipage du sous-marin ennemi plusieurs scènes magnifiques de dignité et de grandeur morale. Enfin, le futur réalisateur de Qu’elle était verte ma vallée montre déja son pessimisme lucide quant au poids des sentiments individuels devant les nécessités sociales (ici: la guerre). Après PilgrimageSeas beneath est un des meilleurs films que John Ford a réalisé au début des années 30, un des plus emblématiques de son auteur.

Révolte à Dublin (The plough and the stars, John Ford, 1937)

Mercredi, juin 30th, 2010

Le soulèvement dublinois de 1916 vu à travers les yeux d’un jeune couple.

L’adaptation de la pièce de Sean O’Casey The plough and the stars fut un des rares projets personnels du militant de l’IRA qu’était John Ford. Le cinéaste allait d’ailleurs filmer la biographie du célèbre dramaturge irlandais en 1965 (Le jeune Cassidy, son avant-dernier film). Pourtant, Révolte à Dublin s’avère un véritable ratage. Est-ce dû à la crise personnelle que le réalisateur traversait alors (sa liaison impossible avec Katharine Hepburn le rendait plus alcoolique que jamais)? Est-ce dû aux conditions de production de la RKO qui -à l’exception notable de Barry Fitzgerald- refusa d’engager la troupe de l’Abbey theatre demandée par Ford et imposa sa distribution? Toujours est-il que jamais le film ne se dépare de la pire des théâtralités: le spectateur sent en permanence que l’idée précède la réalité.

Révolte à Dublin est essentiellement une dialectique entre l’engagement pour l’émancipation de son pays et l’amour d’une épouse or la mise en scène peine à incarner ce raisonnement. Le film est lourdement handicapé par la fausseté de la reconstitution de Dublin dans les studios de la RKO, les batailles filmées sans progression dramatique et le mépris des notions les plus élémentaires de topographie. Un exemple: l’épouse traverse Dublin pour rejoindre son époux derrière les barricades. Eh bien jamais son parcours n’interfère avec les combats se déroulant tout autour d’elle. Du coup, son déplacement dans une ville à feu et à sang ne revêt guère plus d’importance aux yeux du spectateur qu’une promenade de santé.

La seule chose qui importe aux auteurs, ce sont les dialogues entre elle et son mari. Des dialogues sentencieux et pesants faits de tirades généralistes sur l’amour, les femmes, les hommes, l’Irlande. Des dialogues qui évidemment ne contribuent pas à faire exister les personnages. D’ailleurs, Révolte à Dublin est l’occasion de voir la grande Barbara Stanwyck mauvaise. Sans la moindre nuance, elle ne fait que geindre tout le long du film. Il faut dire que son rôle est à sens unique et dénué de toute complexité humaine.

Reste tout de même, au sein de cette fausseté permanente, une séquence d’exécution sublime qui révèle toute la grandeur du metteur en scène.

Vampyr, ou l’étrange aventure de David Gray (Carl T. Dreyer, 1932)

Mardi, juin 1st, 2010

Après s’être installé dans une mystérieuse auberge, un jeune homme se retrouve aux prises avec des forces maléfiques.

Premier film parlant de Carl Dreyer, Vampyr souffre du manque de maîtrise des nouvelles techniques de la part de son auteur. Certes, le travail sur l’ambiance sonore démontre l’esprit expérimentateur et visionnaire du cinéaste. En revanche, les intertitres sont encore très présents et la narration est alourdie par des procédés archaïques tel que l’exposition plein cadre de pages de manuscrits lus par les personnages. Par ailleurs, certains passages sont parfaitement inutiles au récit, tel la séquence de rêve. L’archaïsme du film se traduit également dans la présentation du vampire, bien moins subtile que dans Nosferatu sorti dix ans auparavant. Dans le chef d’œuvre de Murnau, le monstre fascinait et était le révélateur des pulsions enfouies chez les bourgeoises. Ici, c’est juste le méchant damné qui pompe le sang des victimes.

Malgré son scénario médiocre, Vampyr est un film fascinant. Ce grâce à la mise en scène puissante de Dreyer. Le Danois n’a pas son pareil pour filmer les éléments, pour donner aux choses tout leur poids. L’incidence des rayons du soleil sur le front d’un mort, une meule en action, l’austérité puritaine des chambres de l’auberge…donnent lieu à autant d’images fortes baignées d’une superbe lumière grise à l’opposé des poncifs expressionnistes en vogue à l’époque. Le cinéaste crée une atmosphère unique à partir des éléments les plus banals. Bref, il ne manque pas de style.

Pesant mais impressionnant, Vampyr est un film purement dreyerien.

Cantique d’amour (The Song of Songs, Rouben Mamoulian, 1933)

Mercredi, janvier 20th, 2010

Une jeune paysanne tombe amoureuse d’un sculpteur avant d’épouser le riche aristocrate qui était le mécène de l’artiste.

L’intrigue mélodramatique est banale et Marlene Dietrich, largement trentenaire au moment du tournage, n’est guère crédible en ingénue. Reste un éventuel charme du kitsch de studio correctement exploité par Rouben Mamoulian. Cantique d’amour est un film tout ce qu’il y a de plus oubliable.

Arrowsmith (John Ford, 1931)

Mardi, novembre 24th, 2009

L’histoire d’un jeune médecin idéaliste, partagé entre ses ambitions dans la  recherche et les soins à la population.

Production Goldwyn statique, bavarde et un peu édifiante (mais pas trop,     l’oeuvre recèle son lot de dilemmes). Ford insuffle un peu de sa fantaisie lors  des séquences dans la campagne américaine mais sur la longueur, le film  s’avère assez ennuyeux.

Café de Paris (Yves Mirande et Georges Lacombe, 1938)

Lundi, novembre 16th, 2009

Le soir de la Saint-Sylvestre, un meurtre a lieu dans un café parisien huppé.

Café de Paris est un film typique de la manière Mirande. Une intrigue cluedo (qui implique unité de temps et de lieu) donne lieu à une vue en coupe de la société mondaine de l’époque. Lorsque les ingrédients sont les mêmes, il est difficile de définir ce qui distingue un excellent Mirande d’un raté. A mon avis, la différence est ce qui reste une fois que la surface invariablement brillante (bons mots et monstres sacrés en frac) a été grattée. Parfois, il ne reste rien; c’est Paris New-York. Parfois, une vision désenchantée de la société s’exprime via des personnages magnifiques; c’est Derrière la façade. Ce Café de Paris entre heureusement dans la seconde catégorie bien que sa construction dramatique accorde peut-être trop d’importance au prétexte policier pour convaincre pleinement.

Cœur de gueux (Jean Epstein, 1936)

Vendredi, novembre 6th, 2009

Une jeune fille mise enceinte par un galant tente de se suicider et est recueillie par de braves saltimbanques.

La bonhomie des forains insuffle un pittoresque bienvenu au mélodrame vieillot. La réalisation d’Epstein, ancien héraut de l’Avant-garde française, est de bonne tenue mais n’a rien de particulièrement neuf. De toute façon, ce classicisme vaut mieux que l’affichage ostentatoire d’une pseudo-originalité qui ruinerait le potentiel dramatique du sujet. On notera tout de même l’utilisation d’une chanson qui stimule les flashbacks. C’est assez original. On retrouve également Epstein dans la relative mise en valeur visuelle de la campagne. Madeleine Renaud, 36 ans et quinze ans de théâtre derrière elle, n’est guère crédible dans son rôle de jeune ingénue mais Ermete Zacotti est bon dans son emploi conventionnel. Au final, Coeur de gueux est un film d’une charmante désuétude.

Un drôle de numéro (Léo Mora, 1936)

Mardi, novembre 3rd, 2009

Un bon à rien amoureux d’une fille de famille gagne à la loterie.

Court-métrage ringard de bout en bout (jeu des acteurs, “gags”, “développement dramatique”…). Rien à sauver. Intérêt purement historique puisque strictement rien n’a traversé les âges dans ce film.

Ange (Ernst Lubitsch, 1937)

Mercredi, octobre 28th, 2009


Le mari, la femme, l’amant.

Un canevas canonique complètement transcendé par le style d’une élégance absolue. Marlene est sublime.