Archive for the ‘1930-1939’ Category

Cantique d’amour (The Song of Songs, Rouben Mamoulian, 1933)

Mercredi, janvier 20th, 2010

Une jeune paysanne tombe amoureuse d’un sculpteur avant d’épouser le riche aristocrate qui était le mécène de l’artiste.

L’intrigue mélodramatique est banale et Marlene Dietrich, largement trentenaire au moment du tournage, n’est guère crédible en ingénue. Reste un éventuel charme du kitsch de studio correctement exploité par Rouben Mamoulian. Cantique d’amour est un film tout ce qu’il y a de plus oubliable.

Arrowsmith (John Ford, 1931)

Mardi, novembre 24th, 2009

L’histoire d’un jeune médecin idéaliste, partagé entre ses ambitions dans la  recherche et les soins à la population.

Production Goldwyn statique, bavarde et un peu édifiante (mais pas trop,     l’oeuvre recèle son lot de dilemmes). Ford insuffle un peu de sa fantaisie lors  des séquences dans la campagne américaine mais sur la longueur, le film  s’avère assez ennuyeux.

Café de Paris (Yves Mirande et Georges Lacombe, 1938)

Lundi, novembre 16th, 2009

Le soir de la Saint-Sylvestre, un meurtre a lieu dans un café parisien huppé.

Café de Paris est un film typique de la manière Mirande. Une intrigue cluedo (qui implique unité de temps et de lieu) donne lieu à une vue en coupe de la société mondaine de l’époque. Lorsque les ingrédients sont les mêmes, il est difficile de définir ce qui distingue un excellent Mirande d’un raté. A mon avis, la différence est ce qui reste une fois que la surface invariablement brillante (bons mots et monstres sacrés en frac) a été grattée. Parfois, il ne reste rien; c’est Paris New-York. Parfois, une vision désenchantée de la société s’exprime via des personnages magnifiques; c’est Derrière la façade. Ce Café de Paris entre heureusement dans la seconde catégorie bien que sa construction dramatique accorde peut-être trop d’importance au prétexte policier pour convaincre pleinement.

Cœur de gueux (Jean Epstein, 1936)

Vendredi, novembre 6th, 2009

Une jeune fille mise enceinte par un galant tente de se suicider et est recueillie par de braves saltimbanques.

La bonhomie des forains insuffle un pittoresque bienvenu au mélodrame vieillot. La réalisation d’Epstein, ancien héraut de l’Avant-garde française, est de bonne tenue mais n’a rien de particulièrement neuf. De toute façon, ce classicisme vaut mieux que l’affichage ostentatoire d’une pseudo-originalité qui ruinerait le potentiel dramatique du sujet. On notera tout de même l’utilisation d’une chanson qui stimule les flashbacks. C’est assez original. On retrouve également Epstein dans la relative mise en valeur visuelle de la campagne. Madeleine Renaud, 36 ans et quinze ans de théâtre derrière elle, n’est guère crédible dans son rôle de jeune ingénue mais Ermete Zacotti est bon dans son emploi conventionnel. Au final, Coeur de gueux est un film d’une charmante désuétude.

Un drôle de numéro (Léo Mora, 1936)

Mardi, novembre 3rd, 2009

Un bon à rien amoureux d’une fille de famille gagne à la loterie.

Court-métrage ringard de bout en bout (jeu des acteurs, “gags”, “développement dramatique”…). Rien à sauver. Intérêt purement historique puisque strictement rien n’a traversé les âges dans ce film.

Ange (Ernst Lubitsch, 1937)

Mercredi, octobre 28th, 2009


Le mari, la femme, l’amant.

Un canevas canonique complètement transcendé par le style d’une élégance absolue. Marlene est sublime.

Baccara (Yves Mirande, 1935)

Dimanche, octobre 25th, 2009

Une jolie étrangère entretenue par un banquier véreux se voit proposer par son avocat un mariage blanc avec un joueur fauché.

Derrière l’écriture théâtrale, il y a une peinture de la société française de l’époque des plus acides. Face à la pourriture généralisée des institutions bourgeoises (scandales financiers, mépris des héros de la Grande guerre…), les sentiments individuels constituent le meilleur des remparts. La morale de Mirande est désabusée mais ses personnages sont beaux. Dans un rôle qui n’est pour une fois pas celui d’un coquin, Jules Berry est simplement immense. C’est un monstre de classe. Quelle élégance dans la tenue, dans la diction, dans la façon de bouger…Sa camaraderie avec son copain de tranchées pourra facilement paraître aux yeux d’un spectateur de 2009 à la limite de l’homosexualité mais la très belle fin façon Jules et Jim montre que les rapports entre les trois personnages échappent aux interprétations les plus hâtives tout en affirmant  la singularité d’un film décidément attachant.

Le passeport jaune (The yellow ticket, Raoul Walsh, 1931)

Samedi, octobre 17th, 2009

Russie, 1913. Pour sortir du ghetto et revoir son père enfermé par le tsar, une jeune juive n’a d’autre choix que de se procurer un passeport jaune, celui des prostituées. Au cours de ses pérégrinations, elle va rencontrer le chef de la police secrète tsariste et un journaliste britannique.

C’est au fond très conventionnel mais le récit est imprévisible au possible, bifurquant sans cesse. La profusion de rebondissements, l’absence d’appesantissement des auteurs sur quoi que ce soit et la rapidité de la mise en scène font de ce Yellow ticket un film toujours surprenant et jamais ennuyeux. On ne regarde pas un tel film dans une perspective “auteuriste” mais s’il fallait chercher la trace de la personnalité de Raoul Walsh dans ce divertissement brillamment réalisé, c’est dans le personnage du méchant qu’on la trouverait sans trop d’analyse capillotractée. Le policier joué par Lionel Barrymore annonce les Cody Jarret, Barbe-Noire et autres avatars négatifs du héros walshien qui, au-delà de la morale et de la raison sociale, se livrent complètement à leurs pulsions. C’est un personnage d’un bloc, non soumis à la convention dramatique. Son sincère appétit amoureux ne peut qu’atténuer sa méchanceté aux yeux du spectateur, sans que jamais cela ne remette en question son caractère tyrannique.

Scarlet dawn (William Dieterle, 1932)

Vendredi, octobre 9th, 2009


Lors de la révolution russe, un officier du tsar fuit avec sa servante. L’amour va naître entre eux.

Voici un artefact de l’époque lointaine dans laquelle le tout-venant des studios hollywoodiens pouvait témoigner d’une capacité sans cesse renouvelée à surprendre le spectateur. Début des années 30. Le cinéma parlant américain s’invente. Le code de censure Hays ne s’est pas imposé, les genres ne sont pas tous différenciés, l’esprit est à nouveau celui des pionniers. Ce qui nous gratifie de charmantes curiosités telles que ce Scarlet dawn. Dans cette fresque historique qui dure moins d’une heure, l’opulence de la direction artistique n’a d’égal que la rapidité de l’enchaînement des péripéties. Les narrateurs atteignent évidemment un remarquable niveau de concision. Certes, personnages et situations n’ont pas beaucoup d’épaisseur mais William Dieterle est un esthète et le soin qu’il apporte à ses images apporte un surcroit d’intérêt à un film dont le schéma dramatique reste, au fond, convenu.

Vacances (George Cukor, 1938)

Jeudi, septembre 24th, 2009

Introduit dans la famille richissime de sa fiancée, un jeune homme de la classe moyenne se rend compte en faisant connaissance de la soeur fantasque de sa promise qu’il n’a peut-être pas fait le bon choix…

Vacances s’annonce comme une comédie sur les rapports de classe, le truc convenu avec un gars du peuple qui veut épouser une fille de la haute. Et puis c’est réalisé par Cukor donc le rythme est assez plat et c’est pour le moins pauvre en gags. Bref, au début, ça a l’air franchement moyen. Quand soudain, le personnage de la soeur arrive…C’est alors que le drame se noue subtilement. La caractérisation des personnages s’affine, une certaine vérité psychologique affleure. Et le film, via des scènes inattendues, commence alors à dispenser un troublant sentiment de nostalgie. Et puis, sans crier gare, Cukor nous gratifie d’une des évocations parmi les plus percutantes qui soient de la naissance du sentiment amoureux.

Grâce à ses qualités de metteur en scène de théâtre (maîtrise du timing dramatique, sens de la condensation narrative), grâce à son élégance innée mais aussi grâce à quelques gros plans savamment distillés sur une superbe Katharine Hepburn qui est une des stars les moins aimables qui soient mais dont force est de constater qu’elle nous éblouit à chacune de ses interprétations, le cinéaste arrive à créer une profonde émotion sans se départir d’une apparente légèreté de bon aloi. Cette qualité est caractéristique d’une certaine catégorie de films de l’âge d’or hollywoodien qui comptent parmi les plus beaux.