Archive for the ‘1940-1949’ Category

Decoy (Jack Bernhard, 1946)

Jeudi, février 25th, 2010

Une garce séduit le médecin légiste du pénitencier pour qu’il trafique l’exécution de son amant condamné à mort qui seul connaît l’emplacement de son magot…

…Et ceci n’est qu’un aspect de l’histoire ahurissante racontée par Decoy, série Z de la Monogram dont l’intérêt se limite à l’immoralité absolue de son héroïne. En dehors de quelques idées qui brillent par leur mauvais goût (le plan subjectif depuis la chambre à gaz pendant l’exécution), la mise en scène est d’une ennuyeuse platitude. Il n’y a pas un millième de la poésie de Détour, autre film noir fauché. Dommage.

Contrechamp ici

Caught (Max Ophuls, 1949)

Dimanche, février 14th, 2010

Une mannequin d’origine modeste épouse un riche industriel mais celui-ci s’avère psychologiquement dérangé.

Il est intéressant de voir que même lorsqu’il réalise un film noir à Hollywood, Max Ophuls reste fidèle à ses préoccupations thématiques, à savoir la condition des femmes, et plus spécialement ici leurs rêves et espoirs modelés par l’environnement social. On appréciera le fini plastique hollywoodien (superbe photographie de Lee Garmes) mais on regrettera les ficelles vraiment trop énormes d’un scénario boiteux. Caught est un film oublié parce qu’oubliable.

La clé de verre (Stuart Heisler, 1942)

Mardi, février 2nd, 2010

Un caïd s’amourache de la fille de l’adversaire du candidat qu’il supporte.

Et c’est le début d’une histoire compliquée. La sécheresse de la mise en scène n’exclut pas une certaine cruauté. C’est en fait une histoire d’amitié qui est au coeur de l’intrigue emberlificotée. Ce manque de clarté d’une narration par ailleurs trop verbale fait que La clé de verre n’est pas le meilleur film du duo Ladd/Lake.

Le capitaine Fracasse (Abel Gance, 1943)

Vendredi, janvier 29th, 2010

Un baron ruiné se joint à une troupe de comédiens ambulants.

Un film assez étrange, comme tous les films parlants d’Abel Gance que j’ai vus. Les comédiens ne paraissent pas très impliqués. Le découpage des scènes d’action ne brille pas par sa lisibilité (plusieurs faux raccords sautent aux yeux), ce qui pour un film de cape et d’épée est évidemment regrettable. On peut mettre ça sur le compte d’un tournage chaotique (maladie des acteurs, changement de société de production en cours de route…) mais certains défauts sont inhérents à l’auteur. Ainsi Gance, d’une naïveté toujours aussi confondante lorsqu’il s’agit de raconter, ne fait guère d’effort pour nous intéresser à son histoire. L’évocation des personnages et de leurs relations reste superficielle (je pense par exemple au traitement de la romance).

En revanche, Le capitaine Fracasse est visuellement très impressionnant. Dès le début dans le cimetière, les cadrages insolites sont du plus bel effet, les images sont superbes. Les fondus enchaînés, les éclairages contrastés, les nappes de brouillard…sont autant de poncifs du muet magistralement agencés par le metteur en scène. Chaque séquence est propice à des inventions visuelles. A ces images remarquables s’adjoint la musique sur-employée mais magnifique du grand Arthur Honegger. Certaines scènes sont extraordinaires au-delà de leur aspect strictement plastique: le duel avec alexandrins où le jeu déclamatoire des acteurs est retourné à l’avantage du film, la fin quasiment fantastique (il est d’ailleurs dommage que l’identité de Matamore soit révélée, ça lève une part du mystère).

Bref, l’évidente beauté de cette œuvre baroque est étroitement corrélée à son caractère déséquilibré, imparfait.

Illusions perdues (That uncertain feeling, Ernst Lubitsch, 1941)

Lundi, décembre 21st, 2009

L’épouse d’un bourgeois new-yorkais s’amourache d’un critique d’art.

Génial et merveilleux. Lubitsch brocarde aussi bien le conformisme bourgeois que le snobisme arty. Le trait sur la veulerie du personnage de Burgess Meredith est peut-être un peu trop forcé à la fin mais dans l’ensemble, le style se caractérise par la suprématie du tact. Le regard de l’auteur sur ses personnages est gorgé de tendresse. En 85 minutes, Lubitsch en dit plus sur la communication dans le couple qu’Antonioni en 20 films. Rarement l’incompréhension entre un mari et une femme aura été aussi évidente que lors de la séquence du début où le mari “keekse” sa femme. Et tout ça est montré avec une divine légèreté, un humour irrésistible. Mais quelle classe ce Lubitsch, quelle classe!!

Un homme de fer (Twelve O’Clock High, Henry King, 1949)

Mercredi, novembre 25th, 2009

Film sur la première escadrille américaine envoyée sur le sol européen pendant la seconde guerre mondiale. C’était celle assignée aux tâches les plus dangereuses et son commandant avait fort à faire pour motiver ses hommes.

Un homme de fer est un film de guerre particulièrement austère, entièrement filmé dans une caserne. A l’exception de la mission finale, les combats s’y déroulent hors-champ. La propagande y est pour ainsi dire absente. En effet, le film montre comment les exigences du système militaire peuvent broyer un homme. La progression dramatique, qui s’effectue essentiellement via des scènes de dialogues,  est subtile et intelligente. Le film est peut-être un peu trop long mais le style d’Henry King l’aère considérablement. Ainsi, l’intimisme vient heureusement  se greffer à l’évocation militaire. Par exemple, l’histoire est racontée avec un long flashback représentant le souvenir d’un militaire sur le  point de rentrer chez lui; ce qui donne une tonalité mélancolique inattendue au film de guerre. Un homme de fer est parsemé de ces touches typiques de King, toutes en pudeur, litotes et suggestions qui permettent au cinéaste d’insuffler discrètement mais sûrement sa sensibilité. Il est bien aidé en cela par un très bon Gregory Peck qui entamait alors une fructueuse collaboration avec le cinéaste. Bref, bien que parfois un peu pesant, Un homme de fer est un beau film classique et profondément humaniste.

Les parents terribles (Jean Cocteau, 1948)

Vendredi, novembre 20th, 2009

Dans une famille étouffante, les passions se déchaînent lorsque le fils tombe amoureux.

C’est essentiellement du théâtre filmé puisque Cocteau a adapté sa pièce sans changement majeur. Cela n’empêche pas Les parents terribles d’être un fort bon film puisque le côté théâtral est pleinement assumé et que la pièce est excellente.  La trame dramatique est riche d’enjeux parfaitement exploités, les acteurs brillants,  les décors superbes et l’ambiance décadente . Bref, c’est du bon Cocteau.

Days of glory (Jacques Tourneur, 1944)

Jeudi, novembre 12th, 2009

Le combat d’un groupe de résistants russes contre les Allemands.

Qu’est ce qui fait qu’un film de Jacques Tourneur tourné à la RKO vous ensorcèle dès ses premières images? C’est très difficile à définir tant le charme de ces films est subtil. Prenez ce Days of glory, un produit de propagande plus ou moins oublié qui devrait être une œuvre tout ce qu’il y a de plus anecdotique. C’est vrai que c’est un film de série gorgé de conventions. Stéréotypes hauts en couleur, idylle entre le chef des résistants (Gregory Peck qui débute ici au cinéma) et une beauté slave, gamine incongrue mais attendrissante, sacrifice héroïque final…Des conventions que Tourneur ne cherche même pas à esquiver. On est en 1944 et il faut, après avoir fait des films anti-russes, faire des films pro-russes. Tourneur fait donc un film pro-russe. Et pourtant ce film de guerre ne ressemble à aucun autre.

Il y a d’abord cette poésie visuelle typique de la RKO de l’époque. Vous savez, cette sorte de perfection plastique. Ce permanent souci du beau dans la composition et les éclairages des cadres, souci qui évidemment n’interfère jamais avec l’efficacité narrative. La  sublime lumière née de l’alliage entre un noir et blanc contrasté et une nature de studio justifie à lui seul l’intérêt de Days of glory. Mais il n’y a pas que ça. Il y a également cette espèce de détachement de Tourneur par rapport à l’action qu’il filme. Ce n’est pas de l’ironie, c’est une sorte de juste distance par rapport à un scénario idiot qui rend son film paradoxalement plus fascinant que les films analogues mais plus mouvementés qu’un Walsh tournait à la même époque. Ce détachement répond peut-être à la mélancolie des combattants.  C’est une autre originalité de ce film que d’insister dans sa première partie -la seconde est plus conventionnelle- sur ce que chaque résistant a perdu, physiquement et émotionnellement, avec l’invasion allemande. Les scènes nocturnes où plusieurs d’entre eux se confient à la mystérieuse étrangère sont parfaitement représentatives de la singulière beauté de ce Days of glory.

L’aigle à deux têtes (Jean Cocteau, 1948)

Jeudi, octobre 29th, 2009

La rencontre entre une reine recluse et un anarchiste venu pour la tuer qui ressemble étrangement au défunt roi.

Les films de Jean Cocteau ne sont jamais aussi bons que lorsque leur cadre est irréel. Cet axiome est vérifié aussi bien par le lamentable échec d’Orphée, ré-actualisation germanopratine du mythe grec, que par l’éblouissante réussite de La belle et la bête, simple mise en images du conte. Avec cet inoxydable classique, L’aigle à deux têtes est l’autre grand film de Cocteau.

Plus encore que son illustre prédécesseur, c’est un triomphe de la sophistication. Des dialogues précieux aux somptueux décors en passant par les incroyables péripéties dramatiques, tout ici respire l’artifice le plus apparent. Et pourtant, ça fonctionne! C’est artificiel mais ce n’est jamais faux. Cocteau nous balade dans les arabesques d’une mise en scène sublime pour mieux dévoiler la vérité tragique des sentiments. On est dans la plus pure des poésies. Rarement couple de STARS aura été plus beau que celui formé ici par Jean Marais et Edwige Feuillère. Au final, c’est une terrible mélancolie qui sourd de la luxuriance de L’aigle à deux têtes.

Un jour à New-York (On the town, Gene Kelly et Stanley Donen, 1949)

Vendredi, octobre 23rd, 2009

Les marivaudages de trois marins pendant une permission de 24 heures à New-York.

Une comédie musicale qui brille par son esprit juvénile et hédoniste. En effet, il ne faut pas se laisser avoir par les apparences sucrées du genre. Les marins n’ont qu’une idée en tête: baiser. Le film n’est jamais que la mise en scène des différentes manoeuvres des trois hommes pour arriver à leurs fins. Il n’y a aucune mièvrerie. Dans un mouvement gentiment anarchiste, les auteurs opposent à la fougue des jeunes gens la bêtise des policiers municipaux, policiers sortis tous droits d’un court-métrage de la Keystone.

Perfection du rythme, perfection des chorégraphies, perfection de la mise en scène. Le miracle est que la maîtrise absolue de Kelly et Donen (qui n’avait alors que 25 ans!), loin d’étouffer la vitalité de leur matière, l’avive prodigieusement. N’est-ce pas là le secret de la réussite d’un musical? Réalisme et onirisme sont maniés au gré de la fantaisie des audacieux créateurs qui ont régénéré le genre pour les dix ans à venir. Avec ce classique éblouissant qui n’a rien perdu de sa force, la comédie musicale entrait dans un nouvel âge d’or, âge d’or placé sous la houlette du génial producteur Arthur Freed.