Archive for the ‘1950-1959’ Category

L’homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957)

Lundi, février 8th, 2010

Le titre est un parfait résumé du film.

Et pourtant celui-ci ne cesse de surprendre. C’est que l’idée de base, loin de stériliser l’inventivité des auteurs, entraîne les idées de mise en scène. L’environnement du héros est le moteur de la narration. Un canapé, une paire de ciseaux, une araignée, une maison de poupée…sont autant d’éléments concrets générateurs de péripéties et qui font de L’homme qui rétrécit un formidable film d’aventures. Une buanderie devient un territoire aussi riche de possibles que l’Amazonie. D’une façon élémentaire donc implacable, L’homme qui rétrécit montre que l’homme possède en lui les ressources intellectuelles et morales lui permettant de maîtriser n’importe quel environnement hostile. On appréciera également la fin -aussi logique qu’inattendue- qui donne une portée cosmique à ce poème humaniste. L’homme qui rétrécit est véritablement une quintessence de la “série B” américaine.

L’expédition du Fort-King (Seminole, Budd Boetticher, 1952)

Jeudi, février 4th, 2010

Un officier dont le meilleur ami est le leader des Séminoles est affecté dans une garnison menée par un commandant qui veut anéantir ces Séminoles.

L’expédition de Fort-King est un western conventionnel reposant sur des dilemmes psychologiques éculés et peu développés. Les enjeux politiques de la pacification de la Floride sont outrageusement simplifiés suivant un procédé chère à la mauvaise dramaturgie hollywoodienne: le personnage du méchant porte tout le poids de la responsabilité du mal. Ce qui rend le film assez niais. Reste le décor inhabituel des marais de Floride mais la mise en scène n’a pas la vigueur de celle de Walsh dans Distant drums.

Un Américain bien tranquille (Joseph L. Mankiewicz, 1957)

Mercredi, janvier 27th, 2010

Pendant la guerre d’Indochine, un jeune Américain est assassiné à Saïgon. Retour sur son passé et ses relations avec un couple formé par un journaliste anglais désabusé et une jolie indigène.

Bizarrement oublié aujourd’hui, Un Américain bien tranquille est peut-être le film le plus emblématique de l’oeuvre de Joseph L. Mankiewicz. En effet, jamais au cinéma le langage n’a eu une place aussi centrale qu’ici. Ce sont les subtilités de traduction (je n’ose imaginer le massacre perpétré par la version française) et les mots à double sens qui nouent une intrigue compliquée sans être nébuleuse. C’est le décalage entre leurs paroles et leurs actions qui définit le caractère de personnages très souvent manipulés.  Cette virtuosité dramatique n’est cependant pas vain étalage  de style. Mankiewicz montre l’aveuglement que peuvent provoquer des sentiments. Avec son ironie habituelle, il le fait en montrant -et donc en démontant- les illusions d’un personnage cynique; ce qui redouble le sentiment de jubilation du spectateur.

Toutefois, les personnages ne sont pas les jouets de l’intrigue mais l’intrigue naît des relations de personnages qui s’aiment, se trahissent, se trompent, paradent, combattent. Ce ne sont pas encore les pantins qu’ils seront dans les derniers films de l’auteur. Le contexte politique intelligemment exploité ancre l’oeuvre dans une réalité qui l’empêche de sombrer dans la mauvaise théâtralité qui caractérise Le reptile et Le limier. Les acteurs, Michael Redgrave au premier rang, sont au diapason du metteur en scène et offrent des compositions riches et nuancées. Subtil, prenant et intelligent, Un Américain bien tranquille est un excellent film.

Le Paradis des mauvais garçons (Macao, Josef Von Sternberg, 1952)

Mardi, janvier 26th, 2010

A Macao, un aventurier américain se retrouve embarqué dans une sale histoire.

Exotisme de studio, éclairages savants, mouvements de caméra sophistiqués, dialogues piquants, rapports amoureux brutaux…Von Sternberg obligé de supporter les caprices de Howard Hughes (le réalisateur sera viré avant la fin du tournage et remplacé par Nicholas Ray) recycle sa panoplie sans grande conviction. C’est parfois joli à regarder mais le scénario réussissant le tour de force d’être à la fois inconsistant et embrouillé est vraiment trop nul.

La lettre inachevée (Mikhaïl Kalatozov, 1959)

Dimanche, janvier 10th, 2010

Une expédition de jeunes géologues soviétiques (trois hommes et une femme) cherchant des diamants en Sibérie tourne au drame.

On retrouve dans La lettre inachevée l’éblouissante virtuosité de Quand passent les cigognes, le film précédemment réalisé par Kalatozov. C’est toujours l’immense Ouroussevski qui fait office de chef opérateur.

Le film peut se décomposer en deux parties distinctes. Dans la première, les auteurs  s’intéressent aux quatre personnages. Trois hommes, une femme, la taïga, les diamants…Les sentiments parfois non-dits sont exprimés avec légèreté et justesse. A ce moment, la virtuosité du cinéaste toute entière focalisée sur les personnages crée une sensation de liberté. La caméra virevolte autour d’eux -ce qui permet de suivre suivre leurs déplacements sans découper les séquences- elle achève souvent sa course par de magnifiques gros plans sur les visages. La jeunesse des comédiens ajoute à l’impression de fraîcheur. La ravissante Tatiana Samoilova est de retour. Certes, son pantalon la grossit plus que de raison (elle n’allait pas se promener en Sibérie en minishort) mais c’est un plaisir que de retrouver le petit écureuil de Quand passent les cigognes. Ce parti-pris réaliste n’empêche pas un souffle lyrique discret mais permanent. Je pense à cette discussion où le premier plan de l’image est composé de hautes herbes. C’est simple mais sublime. Kalatozov et Ouroussevski  n’ont pas encore sorti l’artillerie lourde mais visuellement, c’est déja une tuerie.

C’est dans la seconde partie que la démesure soviétique s’exprime pleinement. Oh, pas de propagande, pas de lutte des classes et même une fin à l’opposé de tout triomphalisme. Mais des personnages cheveux au vent filmés en contreplongée sur fond de ciel menaçant avec la musique grave qui va bien. Cette seconde partie est nettement plus dramatique que la première puisqu’elle fait suite à une catastrophe naturelle. Seul compte alors le combat entre les aventuriers et la nature hostile. C’est la Nature éternelle, violente, horrible, tellement plus forte que les dérisoires humains, qui est l’objet du déploiement de l’armada technique de Kalatozov. Des travellings absolument gigantesques, des morceaux de bravoure d’une ampleur exceptionnelle (la course à travers la taïga enflammée), la lumière boréale…font de cette seconde partie un somptueux poème visuel.  Kalatozov retrouve alors la beauté primitive d’un certain cinéma muet. Celui de Gance, Griffith, Murnau. Un cinéma dont les données (l’homme, l’amour, la nature) étaient simples mais sublimées par des créateurs doués d’une inextinguible inventivité plastique.

On regrettera simplement que le revirement de l’histoire étouffe dans l’oeuf les pistes narratives joliment esquissées dans la première partie, celles qui concernaient les relations entres les personnages. Quand passent les cigognes avait le mérite d’être plus équilibré, plus achevé. C’est le mérite du classique. La lettre inachevée est une oeuvre grandiose et superficielle.

Sunny side of the street (Richard Quine, 1951)

Mercredi, janvier 6th, 2010

Comme il voit et entend plein de vedettes dans ses émissions, un type qui travaille à la télévision veut devenir chanteur.

Western, polar ou fantastique sont les premiers genres qui viennent à l’esprit lorsqu’on évoque la série B américaine. Pourtant, celle-ci ne concernait pas que les films d’action. Une partie de la production des comédies musicales de l’âge d’or était également consacrée à des budgets réduits. Ainsi de ce produit de la Columbia qui est également une des premières réalisations de Richard Quine. C’est en couleurs mais l’intrigue et la mise en scène sont franchement indigentes. Sunny side of the street est du niveau des films de rock&roll qui sortiront d’Hollywood quelques années plus tard. Reste quelques standards interprétés par Frankie Laine qui est la vedette du film. A réserver aux fans du bonhomme.

Pot-bouille (Julien Duvivier, 1957)

Lundi, janvier 4th, 2010

A Paris sous le second empire, l’arrivée d’un provincial beau et ambitieux dans un immeuble bourgeois provoque des remous.

Tout ce qui faisait le sel du roman de Zola: la réjouissante férocité de la critique sociale, les caractères outrés, les notations pathétiques, a été purement et simplement escamoté par un scénario aseptisé et une mise en scène terne. Il est vrai qu’adapter un roman aussi foisonnant que Pot-bouille au cinéma nécessitait une simplification de l’intrigue. Mais à ce moment là, il aurait fallu aller jusqu’au bout du parti-pris d’adaptation qui a visiblement été celui de réduire l’oeuvre à un vaudeville avec une importance nouvelle donnée au personnage de Madame Hédouin. Ce personnage joué par Danielle Darrieux est sans doute le plus intéressant du film. La beauté bourgeoise de Danielle Darrieux qui venait tout juste d’avoir quarante ans nous consolerait presque de la quasi-disparition de Marie Pichon pourtant incarnée par une jolie Anouk Aimée, pleine de douceur et de mélancolie. En l’état, la demi-mesure de Jeanson, Joannon et Duvivier fait que nombre de scènes accessoires à l’intrigue qui tiraient leur intérêt dans le livre de la verve corrosive du romancier sont inutiles dans le film. Bref, Pot-bouille est emblématique de tout ce qu’un Truffaut critiquait à juste titre dans les adaptations des classiques littéraires du cinéma français des années 50.

Les musiciens de Gion (Kenji Mizoguchi, 1953)

Jeudi, décembre 31st, 2009

Une geisha initie la fille d’une défunte amie abandonnée par son père.

Ce qui est génial avec les films de geishas de Mizoguchi, c’est que le metteur en scène s’y attaque comme à un véritable genre. Un genre, c’est à dire un creuset infini d’histoires à raconter. Du coup, le cinéaste ne se répète pas et chaque nouvel opus lui permet de traiter de thématiques nouvelles, d’ajouter une pièce supplémentaire à la fresque sur la condition des prostituées japonaises que constitue une bonne partie de son oeuvre. Ici, le cinéaste développe autour des rapports simili-filiaux qui peuvent s’établir entre une expérimentée et une novice. Sans jamais verser dans le sentimentalisme. Le style allie génialement la crudité la plus effroyable à la pudeur la plus noble. Il faut voir la scène de la morsure pour comprendre le génie du metteur en scène. Un plan sur la bouche de la fille en sang suffit à exprimer l’horreur de la situation. Et l’écriture crée toujours cette terrible impression de vérité car le drame nait d’un système et non d’une personnage arbitrairement défini comme étant “méchant”.

Monsieur Ripois (René Clément, 1953)

Samedi, décembre 12th, 2009

A Londres, les tribulations d’un gigolo cynique et arriviste.

Terne, compassé, vide de coeur et d’esprit.

The river’s edge (Allan Dwan, 1957)

Mardi, décembre 8th, 2009

Un fermier qui vit près de la frontière mexicaine a épousé une jeune femme en liberté conditionnelle. L’ancien amant et complice de celle-ci revient un jour avec un magot d’un million de dollars. Il entraîne le couple dans sa cavale…

The river’s edge est un polar dans lequel les conventions du genre sont complètement transcendées par les auteurs. Il y a d’abord la formidable inventivité d’une équipe de vieux routiers hollywoodiens aptes à créer avec trois fois rien. Voir par exemple la longue et passionnante séquence de la grotte dans laquelle trois personnages, un pistolet, un magot et un serpent suffisent pour faire rebondir intelligemment les situations et révéler la nature profonde des personnages. Une des marques du génie d’Allan Dwan dans ce film est sa façon de réduire un décor à quelques éléments clés pour en synthétiser l’essence. Par exemple, un feu de camp et deux arbres lui permettent de réduire la forêt à une scène de théâtre et de faire ainsi fusionner les dimensions du drame avec celles du cosmos. Les possibilités du Cinémascope sont magnifiquement exploitées. La lumière de The river’s edge est également extraordinaire. La vivacité des couleurs et l’épaisseur des textures des accessoires modernes (voitures, mobilier intérieur…) aussi bien que le scintillement des rayons solaires sur la rivière donnent à l’environnement une présence profondément irréelle, subtilement magique. Cette harmonie plastique est cependant régulièrement heurtée par des éclats de violence tel, au milieu d’une séquence nocturne, ce raccord brusque sur le corps ensanglanté d’un flic venant d’être écrasé.

En effet, Dwan n’est pas metteur en scène à faire de la joliesse pour esquiver le traitement du drame. Aussi panthéiste que soit son style, les passions des protagonistes sont au centre des préoccupations de cet authentique humaniste. Passion est d’ailleurs le titre d’un autre de ses chefs d’oeuvre. The river’s edge est d’abord un film d’amour avec des personnages magnifiques. Anthony Quinn est bouleversant de vérité. Lorsqu’il conduit la caravane et qu’il regarde dans le rétroviseur, les tourments intimes de son personnage sont exprimés en deux plans. Debra Paget, affriolante comme il faut, incarne parfaitement l’ambigüité féminine. Quant au personnage de Ray Milland, les auteurs ont eu l’idée de détourner la convention qui régit son caractère de méchant. Idée d’une simplicité biblique qui achève de  faire du polar un sublime poème élégiaque. The river’s edge est un des meilleurs films nés de la miraculeuse association entre Allan Dwan et le producteur Benedict Bogeaus.

Je relis ma critique et je me rends compte de la variété quasi-délirante des adjectifs que j’ai employés pour qualifier la beauté de cette série B. Elégiaque, panthéiste, humaniste…autant de termes parfois contradictoires qui devraient m’engager à revoir ma copie. Mais si le secret de ce joyau baroque et primitif (allez, deux de plus) résidait dans sa faculté à épuiser le cartésianisme de ses commentateurs?