Archive for the ‘1980-1989’ Category

Mona et moi (Patrick Grandperret, 1989)

Mardi, août 10th, 2010

Le jeune manager d’un groupe de amateur a l’occasion d’organiser un concert de Johnny Valentine, légende du rock. Seulement l’(-ex) star est intéressée par la copine de notre héros, caissière de son état…

Mona et moi, c’est le rock&roll dans sa vérité la plus nue. C’est le héros déchu qui continue de fasciner une poignée de prolos (Johnny Thunders dans un rôle qui n’a rien d’un rôle de composition). C’est la came et les embrouilles minables qui vont avec. C’est l’incompréhension d’un père envers son fils (Jean-François Stévenin dont le personnage aurait gagné à être plus développé). C’est la difficulté économique et matérielle d’organiser un concert. C’est la faiblesse du fan qui passe à coté des vrais trucs (ici: sa copine) à cause de ses illusions surannées.

Et vogue le navire…(Federico Fellini, 1983)

Mercredi, juin 23rd, 2010

A la veille de la Première guerre Mondiale, des ressortissants de la haute-société italienne s’embarquent sur un paquebot.

C’est évidemment la fin d’un monde que Fellini filme ici. Le naufrage du bateau est ici le symbole de la disparition de l’ancienne société. Une allégorie originale et inattendue étirée sur plus de deux heures au cas où le brave spectateur peinerait à comprendre le génie visionnaire de l’Auteur. Et vogue le navire… est cependant moins lourd, moins complaisant, moins ennuyeux, bref plus intéressant que d’autres films du cinéaste (Fellini-Satyricon, Fellini-Casanova, Fellini-Roma…) car la décadence du style répond ici à la décadence de la société représentée. Force est de constater que l’artifice outrancier de la mise en scène crée finalement une véritable mélancolie.

Heartworn highways (James Szalapski, 1981)

Mercredi, juin 2nd, 2010

Dans les années 70, une bande de jeunes musiciens chevelus débarque à Nashville, capitale de la country.

Heartworn highways est à mi-chemin entre la captation documentaire et le video-clip. Ce n’est pas  à proprement parler un film sur le mouvement outlaw-country. En dehors d’une scène avec un barman du coin qui dit ce qu’il pense de ce nouveau style musical, pas grand-chose de la petite révolution initiée par Townes Van Zandt, Guy Clark et les autres n’y est expliqué. Il n’y a aucune intention didactique. James Szalapski montre les musiciens, au travail et au quotidien. Lorsque ces deux aspects sont intimement liés, cela donne lieu à des séquences sublimes. Ainsi de Townes Van Zandt jouant Waitin around to die sous le porche d’un de ses amis, un vieux Noir, qui ne peut s’empêcher de verser des larmes. Ou alors la séquence finale où une bande d’amis attablés (dont Guy Clark et le tout jeune Steve Earle) sort les guitares et pousse la chansonnette autour des bières et des clopes. Pas d’afféterie, pas d’ornement, juste la chaleur du moment.

Certes, l’absence de ligne directrice est cruelle pour les passages les moins intéressants qui du coup ne sont pas intégrés à un ensemble les transcendant. Les éparses séquences de studio n’étant pas mises en relations avec le reste du processus créatif (au contraire par exemple du One+One de Godard qui montrait celui-ci dans sa continuité) sont purement anecdotiques. L’absence de recul sur son sujet de la part du réalisateur le conduit également à jouer le jeu des artistes les plus fanfarons. Voir le ridicule du concert en prison de David Allan Coe, par ailleurs auteur de très belles chansons.

Hearthworn highways n’en reste pas moins une sorte d’idéal de cinéma. Entre autres du fait de cette absence de mise en perspective des diverses séquences qui le composent, absence qui montre que les auteurs n’avaient pas de discours préétabli, il se dégage du film un puissant parfum d’authenticité, l’impression de voir l’Amérique vraie, c’est-à-dire celle que l’on imagine à travers les fictions de John Ford, Robert Duvall ou Victor Nunez. Cette impression est accentuée par la présence dans le film de séquences sans rapport apparent avec la musique. Des fermiers au boulot. Des vaches qui meuglent sous la neige. Le tout filmé sans esthétisme mais mis en musique avec les chansons qui vont bien.

La ménagerie de verre (Paul Newman, 1987)

Mardi, mars 2nd, 2010

Un homme qui a fui son foyer raconte comment sa mère, abandonnée par son mari, avait tenté de marier sa fille infirme qui s’évadait de la réalité grâce à sa collection d’animaux de verre.

Le dernier film de Paul Newman en tant que réalisateur, La ménagerie de verre, est réputé être un des films les plus fidèles au texte du célèbre dramaturge dont il est adapté: Tennessee Williams. Cela signifie que le récit avance souvent à travers de longues tirades, que les monologues sont nombreux et rarement concis, que le décor est unique, que le symbolisme n’est pas d’une très grande subtilité. Même la grande Joanne Woodward se laisse aller au cabotinage. Mais l’auteur a l’astuce de prévenir les reproches de théâtralité excessive en racontant son histoire via un flashback du fils annonçant que “tout ceci est une pièce de théâtre et ne saurait être réaliste”. Il ne s’agit pas d’un effet de distanciation gratuit mais d’une façon pas plus bête qu’une autre de rappeler ce vieil adage: “la frontière entre le théâtre et la vie est floue”.

Et de fait, le spectateur finit par oublier les artifices théâtraux. La tristesse, l’espoir, la mélancolie…Impossible de résister à la déferlante d’émotions diverses et variées, au concentré d’humanité brassée par La ménagerie de verre, à la justesse du regard de l’auteur sur ses magnifiques personnages. Des personnages d’Américains bouffés par leurs rêves. Par certains aspects, le film m’a rappelé Gens de Dublin qui sortait la même année. Les regrets de la mère lorsqu’elle évoque sa jeunesse à moitié fantasmée d’aristocrate sudiste sont comme une version acide de la nostalgie d’Anjelica Huston dans l’ultime chef d’œuvre de son père.

Si l’intérêt varie au cours des deux et quart du métrage, si l’outrance de certains passages saute aux yeux, la dernière partie balaye toutes les réticences. La longue scène au cours de laquelle Jim “ouvre les yeux” de Laura à la vie est une des plus belles jamais imprimées sur pellicule. A ce degré de vérité humaine, à ce  stade d’empathie pour les personnages, qu’importe que l’émotion tienne du cinéma ou du théâtre. Une seule certitude: le découpage et la lumière magnifient les acteurs, leurs visages. Karen Allen est superbe de fragilité. Rarement personnage de fiction aura suscité autant de tendresse, de compassion que le sien dans La ménagerie de verre. Voir Laura se mettre à danser et mourir…

La champignon des Carpathes (Jean-Claude Biette, 1989)

Lundi, janvier 18th, 2010

Alors que plusieurs accidents de centrale nucléaire viennent de se passer, un jeune homme découvre et exploite un champignon aux mystérieuses vertus curatives.  A côté de ça, une troupe met en scène Hamlet.

Le récit est décousu, la mise en scène désespérément statique, la photo laide, les acteurs (à l’exception de Tonie Marshall)  à côté de la plaque, le ton monocorde, la profondeur de l’ennui absolument insondable.
Apparemment, il vaut mieux lire Jean-Claude Biette (Le papillon de Griffith, La barbe de Kubrick…) que regarder ses films.

Ladyhawke la femme de la nuit (Richard Donner, 1985)

Samedi, janvier 2nd, 2010

Un jeune voleur évadé des oubliettes va aider un couple de nobles victimes d’une malédiction jetée par un évêque jaloux.

Tout ce que les années 80 peuvent avoir de plus terrifiant sur le plan esthétique. Il faut voir le générique pour y croire. La musique est de toute façon atroce tout le long du film. Et puis il y a cette connivence ironique qui a gravement parasité le cinéma de divertissement hollywoodien des années 80 (à l’exception d’une poignée d’irréductibles dont Spielberg et McTiernan). Cette détestable tendance est surtout présente au début avec les pitreries de Matthew Broderick qui désamorcent les enjeux dramatiques des scènes dans lesquels il est le personnage principal.

Par la suite, le second degré laisse la place à une histoire d’amour jolie dans sa simplicité et ne s’égarant pas trop dans son folklore médiéval-fantastique. Et puis ça ne peut pas être complètement nul puisqu’il y a Michelle Pfeiffer même si on ne la voit que dans des scènes nocturnes vu que le jour son personnage se transforme en faucon. C’est con. Mais c’est le sujet du film en même temps. Bref Ladyhawke est un aimable bien que peu trépidant divertissement.

A bout de course (Running on empty, Sidney Lumet, 1988)

Jeudi, décembre 10th, 2009


Un couple de militants gauchistes qui a fait sauté une usine lors de la guerre du Viet-Nam est traqué par le F.B.I. Dix-huit ans après l’attentat, ils ont eu plusieurs enfants. La cohésion de la famille en cavale est remise en question lorsque le fils aîné veut partir à l’université.

Sidney Lumet délaisse un temps sa panoplie de cinéaste engagé pour réaliser un des films les plus justes sur la famille que le cinéma américain nous ait donnés à voir ces trente dernières années. La beauté de A bout de course vient de la sobriété d’une mise en scène entièrement focalisée sur les personnages. Elle vient des petits riens très évocateurs captés par la caméra. Elle vient de la sensibilité avec laquelle Lumet raconte un moment-clé de la vie d’un adolescent. Elle vient de l’excellence des acteurs, quel que soit leur sexe, quel que soit leur génération. Elle vient de la présence de la délicieuse et trop rare Martha Plimpton. Elle vient enfin des moments de grâce inattendus qui viennent génialement suspendre le récit. A ce titre, la séquence de l’anniversaire est peut-être la plus belle séquence d’harmonie familiale depuis La vie est belle de Capra.

La femme de l’aviateur (Eric Rohmer, 1981)

Samedi, décembre 5th, 2009

Un jeune homme de 20 ans est amoureux d’une femme de 25 ans qui refuse de s’engager.

Dit comme ça, c’est sûr que le film ne s’annonce pas très excitant. Mais comme Rohmer est génial, le film n’a rien à voir avec son résumé textuel. La femme de l’aviateur est d’abord un film étonnamment ludique, où le cinéaste s’inspire de Hitchcock pour mettre en scène, donc mettre en perspective,  la caractère aléatoire des sentiments amoureux (fabuleuse filature aux Buttes-Chaumont). Ensuite, l’ironie du marivaudage s’estompe subtilement pour montrer les fêlures profondes qui peuvent se cacher derrière une attitude désinvolte. Marie Rivière est alors bouleversante.

Le rayon vert (Eric Rohmer, 1986)

Jeudi, décembre 3rd, 2009

Les vacances errantes de Delphine, une jeune femme qui peine à se remettre d’une rupture amoureuse.

Le rayon vert est assez à part dans la filmographie d’Eric Rohmer. D’une part c’est l’un de ses films les  plus sombres puisque Delphine, l’héroïne, est clairement une dépressive. D’autre part, on n’y retrouve pas son habituelle rigueur dans la construction dramatique. On n’y retrouve ni les personnages aux rôles bien définis ni les rapports subtils s’établissant entre eux au fur et à mesure d’une intrigue bien charpentée. Non, l’histoire du Rayon vert est celle d’une errance aux quatre coins de la France.

Il n’y a pour ainsi dire pas de récit. Ce parti-pris radical peut désarçonner le spectateur. C’est que l’oeuvre repose entièrement sur la mise en scène. Puisqu’il n’y a pas de fil conducteur narratif, l’intérêt du spectateur naîtra grâce à la vérité que le cinéaste et Marie Rivière, l’actrice principale, arriveront à insuffler aux diverses séquences; des saynètes qui fonctionnent presque indépendamment les unes des autres. Elles sont de deux ordres. Il y a d’abord celles où Delphine est dans un environnement social: copines, famille, vacanciers. Souvent, ces scènes n’ont pas pour sujet principal Delphine mais un autre personnage sans fonction dramatique. Par exemple, on va écouter un retraité francilien dans son jardin raconter ses premières vacances. Dans ces moments, le cinéaste est particulièrement attentif aux petits détails concrèts; par exemple, une bretelle qui tombe et dénude une épaule de femme. Merveilleux hasard préparé! L’impression de vie qui se dégage alors est unique. Les autres séquences sont celles où les tourments de Delphine sont intégrées à la Nature. On la voit notamment pleurer toute seule dans une campagne battue par le vent. Cette séquence magnifique est peut-être la plus “murnalcienne” de toute l’oeuvre de Rohmer.

Toutes ces scènes sont autant de petites touches qui dessinent, en creux, un portrait impressionniste de Delphine. C’est bien là que réside la substance de l’oeuvre. Même si Le rayon vert fait partie de la série des “Comédies et Proverbes”, même s’il y a une intention moraliste derrière, sa beauté essentielle est celle de son personnage principal. Ce sont les états d’âme de Delphine qui font le film. C’est pourquoi on peut dire qu’il repose sur les épaules de Marie Rivière qui a d’ailleurs écrit ses textes. Marie Rivière est merveilleuse donc le film est merveilleux. Elle incarne l’héroïne avec une sensibilité inouïe, une sensibilité rarissime chez le cinéaste profondément classique qu’est Rohmer.

Le rayon vert confronte l’enfermement romantique de la jeune fille à la réalité de la vie. Dans les tablées de vacanciers, lors des discussions avec ses amies, le metteur en scène, qui garde toujours une juste distance, n’a pas peur de faire passer son héroïne pour une idiote.  Parce que le bon sens, le confort bourgeois, le consumérisme sexuel brandi comme un idéal et l’obligation sociale de se montrer heureux montrent qu’elle a tort de se complaire dans sa mélancolie. Or finalement, Delphine a raison contre toutes ces conformismes plus ou moins infâmes. Comme dans Conte d’hiver quelques années plus tard, Rohmer récompense la foi absurde de son héroïne pure de coeur et d’esprit par une fin quasi-miraculeuse. Et c’est sublime. C’est évidemment plus beau que la vie.