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Archive for the ‘Samuel Fuller’ Category

Violences à Park Row (Samuel Fuller, 1952)

Samedi, novembre 5th, 2011

Vers 1880, la naissance houleuse du journalisme moderne à Park Row…

Très jeune homme, Samuel Fuller avait débuté en tant que journaliste à New-York. Il a toujours gardé un profond respect pour ce métier et ses mentors de l’époque. Lorsqu’il a été en mesure de le faire, il a donc écrit, réalisé et produit Park Row, hommage à la ténacité et à la secrète grandeur des reporters besogneux qui ont fondé les quotidiens américains majeurs du XXème siècle.  Le volontarisme didactique du cinéaste l’emporte parfois sur le déroulement naturel de l’histoire racontée (Fuller place dans la bouche de ses héros un peu trop de discours édifiants sur la liberté de la presse) mais la conviction rageuse de l’auteur exprimée par un style nerveux, rapide et violent fait de plans-séquences effrénés filmant les combats physiques succédant aux combats économiques dans le bruit des rotatives et l’odeur de l’encre noire emporte largement le morceau et fait oublier les ficelles, voire les trous, du scénario, scénario agrémenté d’anecdotes véridiques sur le New-York des années 1880.

Ordres secrets aux espions nazis (Verboten!, Samuel Fuller, 1959)

Lundi, août 16th, 2010

A la fin de la seconde guerre mondiale, un soldat américain découvre les ravages du nazisme et tombe amoureux d’une Allemande.

L’intention de l’œuvre est d’abord didactique. 35 ans avant Spielberg, Sam Fuller explique aux Américains que le nazisme c’est mal. D’où le montage de séquences d’archives au sein de la fiction. D’où aussi un final très grossier qui montre un jeune Allemand prendre conscience de l’horreur du IIIème Reich en regardant les images des camps.

Verboten! est tout de même un bon film car l’ancien fantassin qu’est Fuller ne saurait se départir une seule seconde de sa sincérité. Le nazisme, il l’a vécu de très près. Le soldat américain du film, ce pourrait être lui. Ainsi son intégrité fait que jamais l’idéologie n’élude la complexité des individus. Le drame est basé sur les passions contradictoires qui animent les personnages et ça rend le récit intéressant. Les situations sont outrées et schématiques mais cela permet à l’auteur d’aller droit à l’essentiel. A noter enfin que Verboten! fut le dernier film produit par la RKO alors agonisante. La facture est donc de troisième ordre mais le sentiment d’urgence qui caractérise les meilleurs Fuller est plus que jamais présent.

Sans espoir de retour (Street of no return, Samuel Fuller, 1989)

Vendredi, avril 3rd, 2009

Entre apparitions chez des bêtes de festival (Wenders, Gitaï), retour sur ses images tournées au camp de concentration de Falkenau ou encore réalisation d’un polar avec Véronique Jeannot et Victor Lanoux (Les voleurs de la nuit), la fin de carrière de Samuel Fuller fut assez folkorique. L’incertitude quant à l’intérêt du dernier film de l’auteur de Pickup on South Street était donc totale. Il se trouve que c’est une adaptation d’un roman post-apocalyptique de David Goodis coproduite par FR3. Matériau très vulgaire donc. Mais qu’importe puisque c’est dans des séries B que la grandeur de Fuller s’est manifestée. Son style outré peut pousser les conventions les plus éculées, les défauts de scripts les plus flagrants jusqu’à de sublimes paroxysmes. Fuller ne travaille pas contre le matériau, il ne cherche pas à le contourner mais il le prend à bras-le-corps.

Ici, l’histoire est particulièrement abracadabrantesque mais une fois le postulat invraisemblable accepté par le spectateur, ce dernier peut jouir des rebondissements toujours plus ahurissants. Détail essentiel: cette surenchère narrative ne se fait pas au détriment du personnage. On retrouve la même morale individualiste que dans le séminal Pickup on South Street, à savoir que c’est l’amour qui sauve de la pourriture ambiante. Il y a souvent un côté mélo dans les polars de Fuller, une abscence totale de cynisme vis-à-vis des personnages, une foi très pure dans leurs sentiments malgré -ou grâce à, c’est peut-être le secret de Fuller- l’exacerbation caricaturale des codes du genre.

La peinture de l’enfer urbain est encore plus exagérée que dans Les bas-fonds new-yorkais. L’esthétique générale est très ancrée dans l’époque du tournage, les années 80, avec des couleurs criardes  et des chansons sympa de Keith Carradine (l’acteur-chanteur joue une vedette de rock). Narration et découpage se moquent des transitions, on retrouve le style heurté et nerveux de Fuller. La violence est plus explicite que dans les années 50 mais elle reste filmée d’une façon percutante. La mise en scène est parfois approximative  (la poursuite sur le bateau) et elle ne suffit pas à faire de Sans espoir de retour un film aussi beau que les chefs d’oeuvre hollywoodiens du grand Sam mais le film est assez singulier pour mériter le coup d’oeil.

Le kimono rouge (Samuel Fuller, 1959)

Vendredi, juillet 25th, 2008

Comme l’indique l’affiche, Fuller a réalisé le premier film hollywoodien avec un homme d’origine asiatique qui finit avec une caucasienne. C’est qu’il a utilisé le cadre conventionnel du polar pour réaliser un vrai film d’amour, un film dans lequel, comme souvent chez lui, ce sont les passions qui sont le moteur de la narration. L’intrigue prétexte est une enquête sur un meurtre mais le sujet du film est en fait l’éveil des sentiments du policier japonais pour une femme qu’il se croit interdit d’aimer. Sa subjectivité faite de morale étouffante et surannée, de désir amoureux et de camaraderie (l’homosexualité est même clairement suggérée au début) va le mener à des actions qui lui paraîtront absurdes une fois qu’il aura retrouvé une certaine sérénité.
Et comme Le kimono rouge reste un film policier et que Samuel Fuller n’est pas Douglas Sirk, c’est d’abord l’action qui traduit ce tourbillon émotionnel. A la violence des sentiments du héros répond celle de ses poings (voir par exemple la tournure du combat de kendo avec son collègue). Le style fiévreux et droit au but du cinéaste, son découpage inventif qui n’hésite pas à briser la continuité des séquences de poursuite pour se focaliser sur les actions (utilisation délibérée du jump-cut un an avant A bout de souffle), ses travellings géniaux qui ne sont pas là pour tisser une ambiance mais là encore pour cerner l’action au mieux, sa démesure dans les scènes de violence font du Kimono rouge un des films les plus percutants qui soient. Ici et plus qu’ailleurs, le cinéma, c’est l’émotion. Une émotion qui n’altère jamais la dignité des personnages. Du grand Fuller.

Les Bas-fonds new-yorkais (Underworld U.S.A, Samuel Fuller, 1961)

Mardi, juin 24th, 2008

Un polar de série transfiguré par le style outrancier et baroque de son auteur, qui en fait une fresque lyrique sur les bas-fonds. Chaque séquence est ici l’occasion de réinventer la façon de filmer, de monter d’une façon toujours plus percutante, toujours plus émouvante (« le cinéma c’est l’émotion » professera bientôt Fuller lors de son apparition dans Pierrot le fou). Les raccords sont heurtés, la photo hyper-contrastée, la caméra fiévreuse, la musique assourdissante, la violence délibérément exagérée et les scènes d’amour très suggestives.
Ce génie expressif est au service d’une peinture de l’enfer urbain parmi les plus saisissantes jamais vues. Le scénario n’y va pas par quatre chemin pour montrer la déliquescence de la société. Les assassins du père du héros sont tous devenus des caïds, paradent en costard, corrompent la police et bénéficient de la respectabilité sociale grâce à leurs oeuvres de charité. A noter également que c’est l’un des très rares films hollywoodiens où un meurtre d’enfant est filmé. Cette séquence est d’ailleurs une leçon de gestion du hors-champ. En se focalisant sur une spectatrice impuissante de la scène, Fuller évoque toute son horreur sans avoir besoin de représenter le meurtre proprement dit. Puissant. Heureusement, loin de se complaire dans la noirceur, Fuller (qui est aussi le scénariste du film), met au centre de son histoire le cheminement moral et social de son personnage principal. Comme dans Le port de la drogue, l’anti-héros farouchement individualiste tombe amoureux d’une paumée et c’est le couple qui les sauvera de la pourriture ambiante. Schématique et éternelle beauté de la série B.
Les Bas-fonds new-yorkais est certainement un des trois ou quatre meilleurs films réalisés par Samuel Fuller, un sombre joyau taillé grossièrement dont le violent éclat n’a pas fini d’éblouir les amateurs de polar hard-boiled.