Posts Tagged ‘Danielle Darrieux’

Le bon Dieu sans confession (Claude Autant-Lara, 1953)

Vendredi, mai 7th, 2010

Retour sur la vie d’un notable au moment de son enterrement.

Evidemment, la vie de ce notable n’était pas aussi reluisante que sa façade. Evidemment, ce monsieur avait une maîtresse. Evidemment, cette dame était vénale. C’est qu’on est en plein dans ce naturalisme moralisateur au ras des pâquerettes typique du cinéma de “Qualité française”. La narration inutilement compliquée accentue la pesanteur de l’œuvre. Le bon Dieu sans confession se laisse tout de même regarder grâce à de bons acteurs  qui savent rendre leurs personnages intéressants en faisant ressortir les nuances de leurs caractères. Je songe surtout à Henri Vilbert qui trouve ici ce qui est resté comme un de ses meilleurs rôles. L’ensemble est tout de même laborieux, à l’image de la façon bavarde et redondante dont est expliqué le sursaut moral du héros: un quart d’heure de discussion avec chacun de ses deux enfants. Soit une demi-heure d’ennui pour le spectateur.

Battement de coeur (Henri Decoin, 1940)

Mercredi, avril 28th, 2010

Suite à une série de péripéties, une jeune fille échappée de maison de redressement découvre l’amour dans les bras d’un riche diplomate.

Battement de coeur est la plus réputée des nombreuses collaborations entre Henri Decoin et sa jeune épouse d’alors, Danielle Darrieux. Plusieurs raisons justifient amplement cette réputation.

D’abord, la première partie est vive et inventive comme une bonne comédie américaine. Les auteurs ne reculent pas devant la fantaisie et font preuve d’un sens de l’absurde aussi discret que réjouissant (l’école de pick-pockets) exprimant, mine de rien, une certaine critique sociale. A ce sens du spectacle d’inspiration américaine s’adjoint une galerie de seconds rôles hauts en couleur typique du cinéma français d’alors. Carette en brave type un peu amoureux et Saturnin Fabre en professeur de vol à la tire délivrent des compositions certes attendues mais savoureuses.

Par la suite, le rythme du film ralentit pour se focaliser sur l’éveil sentimental du personnage de Danielle Darrieux. La fraîcheur de la ravissante actrice suffit alors au spectateur pour oublier le caractère conventionnel des situations. Il y a lors de la scène de son premier baiser le même charme léger, entêtant et secrètement déchirant que celui qu’exhalent les chansons des Shirelles.

Vous l’aurez compris: cette parfaite comédie romantique française (la meilleure?) est un délice.

Pot-bouille (Julien Duvivier, 1957)

Lundi, janvier 4th, 2010

A Paris sous le second empire, l’arrivée d’un provincial beau et ambitieux dans un immeuble bourgeois provoque des remous.

Tout ce qui faisait le sel du roman de Zola: la réjouissante férocité de la critique sociale, les caractères outrés, les notations pathétiques, a été purement et simplement escamoté par un scénario aseptisé et une mise en scène terne. Il est vrai qu’adapter un roman aussi foisonnant que Pot-bouille au cinéma nécessitait une simplification de l’intrigue. Mais à ce moment là, il aurait fallu aller jusqu’au bout du parti-pris d’adaptation qui a visiblement été celui de réduire l’oeuvre à un vaudeville avec une importance nouvelle donnée au personnage de Madame Hédouin. Ce personnage joué par Danielle Darrieux est sans doute le plus intéressant du film. La beauté bourgeoise de Danielle Darrieux qui venait tout juste d’avoir quarante ans nous consolerait presque de la quasi-disparition de Marie Pichon pourtant incarnée par une jolie Anouk Aimée, pleine de douceur et de mélancolie. En l’état, la demi-mesure de Jeanson, Joannon et Duvivier fait que nombre de scènes accessoires à l’intrigue qui tiraient leur intérêt dans le livre de la verve corrosive du romancier sont inutiles dans le film. Bref, Pot-bouille est emblématique de tout ce qu’un Truffaut critiquait à juste titre dans les adaptations des classiques littéraires du cinéma français des années 50.

Occupe toi d’Amélie (Claude Autant-Lara, 1949)

Dimanche, mai 24th, 2009

Des spectateurs bourgeois interfèrent avec le déroulement d’un vaudeville.

Le vaudeville en question est tiré de Feydeau donc est particulièrement brillant. Les dialogues sont vifs, les bons mots légion. De même, la distribution chevronnée s’en donne à coeur joie. Les décors de Max Douy sont particulièrement jolis, la mise en scène est spectaculaire, jonglant entre la scène et le public à coups de travellings vertigineux. Bref, Occupe toi d’Amélie est un film virtuose et chiadé. Mais c’est un mauvais film. Pourquoi ? Parce que toutes ces prouesses apparaissent vite comme des gesticulations terriblement vaines.  Le cabotinage des comédiens en roue libre, les allers-retours injustifiés entre théâtre et scène, après avoir épaté le spectateur le fatiguent vite faute d’être soutenus par une vision forte.

En effet, la mise en abyme ne justifie pas longtemps la grossièreté de la mise en scène, ne proposant finalement aucune véritable réflexion sur la frontière entre théâtre et réalité (contrairement à Toâ de Sacha Guitry qui sortait la même année).  Le propos du film est particulièrement limité, les auteurs sacrifiant tout à ce cynisme facile qui est la marque de plusieurs des films français d’après guerre. Les filles sont vénales, les jeunes hommes couchent avec la fiancée de leur meilleur ami, les pères sont des maquereaux, les dignitaires bradent les décorations militaires…c’est superficiellement immoral mais profondément bête. Ce n’est même pas assez développé pour qu’on puisse qualifier ça de discours antibourgeois, c’est juste une vision du monde de scénaristes déconnectés de la complexité de la réalité, une vision du monde fondamentalement laide et ennuyeuse. Que reste t-il à sauver ? Les cheveux d’or de  Danielle Darrieux. Et c’est tout ? Et c’est tout.

Retour à l’aube (Henri Decoin, 1938)

Jeudi, mars 19th, 2009

Pour toucher l’héritage d’une tante, l’épouse candide d’un notable de province s’en va à la ville. Mais elle va manquer son train et y passer la nuit. Cette comédie du duo Decoin/Darrieux est une galéjade sans grand intérêt qui ne dépasse jamais les clichés sur lesquels elle s’appuie constamment (la ville mère de tous les vices…).  La fraîcheur lumineuse de Danielle Darrieux ne suffit pas.

Bonnes à tuer (Henri Decoin, 1954)

Vendredi, janvier 4th, 2008

Thriller psychologique assez standard vu l’époque. Un “héros” cynique avec une construction alambiquée en flash-backs qui souligne son immoralité. C’est, comme on aurait pu le supputer, assez proche de La vérité sur Bébé Donge sans en avoir l’implacable noirceur ni la finesse d’analyse pyschologique, Bonnes à tuer étant avant tout un huis-clos à suspense. A part une exposition un peu longue, l’ensemble est plutôt bien mené et joliment filmé même si peu surprenant. A noter tout de même une séquence à la stylisation inattendue et du plus bel effet.