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Posts Tagged ‘enfance’

Les moineaux (William Beaudine, 1926)

Lundi, avril 29th, 2013


Au milieu de marécages, un homme méchant exploite des enfants.

Un conte d’horreur qui a vraisemblablement beaucoup inspiré La nuit du chasseur. La nature de studio représentée par les animaux, les fleuves et les arbres y est aussi présente que dans le chef d’oeuvre de Charles Laughton. La différence est qu’elle ne protège pas les enfants; elle est au contraire maléfique. Sparrows est un récit primitif à la beauté archaïque où l’aînée des enfants (jouée par la trentenaire Mary Pickford) trouve dans la Bible la force de surmonter le mal. Quoique parsemée de belles fulgurances (l’apparition de Jésus pour suggérer la mort d’un bébé), la première partie relève du banal mélodrame mais le long épisode de la fuite dans la forêt est un morceau d’anthologie qui, pour peu que l’on ait peur des crocodiles, reste aujourd’hui tout à fait impressionnant. Le suspense naïf y est magistralement orchestré. A voir.

Poil de carotte (Julien Duvivier, 1926)

Samedi, mars 16th, 2013

L’histoire d’un enfant roux maltraité par sa mère qui ne l’aime pas.

Il y a de beaux décors naturels de montagne mais le film est ruiné par:
1. Le grossier manichéisme de la caractérisation des personnages qui rend prévisible le déroulement de chaque situation (puisque dans Poil de carotte, les personnages sont plus importants que l’intrigue, quasi-inexistante).

2. Les artifices faisandés du muet du type surimpressions et compagnie censés figurer l’oppression de Madame Lepic.

L’excellent Visages d’enfant de Jacques Feyder qui a un thème analogue et qui se déroule dans le même cadre a autrement mieux vieilli de par son traitement rigoureusement classique qui permet une étude approfondie des caractères.

Eugenio (Luigi Comencini, 1980)

Mercredi, février 13th, 2013

Sa fugue conduit les parents d’un garçon de 10 ans à s’interroger sur leur rapport à leur enfant.

Eugenio est peut-être la variation la plus amère de Comencini autour de son thème fétiche: l’enfant en mal d’amour. Le désespoir est d’autant plus glaçant qu’il est tranquille, à l’opposé de l’apothéose lacrymale de L’incompris. Avec sa finesse coutumière, l’auteur brocarde une société tellement rongée par l’individualisme (sexe, carriérisme, lubies politiques) que les jeunes adultes négligent leur devoir le plus élémentaire: s’occuper de leur progéniture. Le constat désenchanté sur son époque n’implique pas chez lui de discours réactionnaire puisque qu’il montre aussi les tares de la société patriarcale à travers l’attachant personnage du grand-père joué par Bernard Blier. Il le fait avec simplicité et humour. Quoique la narration, faite essentiellement de flash-backs, ne soit pas aussi ramassée et synthétique que celle de ses chefs d’oeuvre de premier ordre, le sens de l’observation de Comencini reste aguerri, son trait reste piquant et, ainsi qu’en témoigne le moment où la mère se cogne à une étagère après que son fils lui ai sauté dessus, il met en scène les effusions de tendresse comme personne.

Tu es mon fils (La finestra sul Luna Park, Luigi Comencini, 1957)

Vendredi, février 8th, 2013

Son épouse venant de mourir accidentellement, un travailleur émigré revient au foyer et tente de renouer avec son jeune fils…

Un très beau drame sur le manque d’amour et de compréhension dont plusieurs traits précis annoncent le chef d’oeuvre que sera L’incompris. Sa résolution en forme de flashback est un peu facile mais l’intelligence de son inscription dans la réalité ouvrière de son temps, la sensibilité des acteurs -Pierre Trabaud en premier lieu- , l’empathie de l’auteur pour chacun de ses personnages et le sens du lyrisme quotidien du metteur en scène font de Toi, mon fils un film merveilleux de justesse et d’émotion.

Un enfant de Calabre (Luigi Comencini, 1987)

Samedi, février 2nd, 2013

Contre son père qui veut qu’il fasse des études et soutenu par un chauffeur de bus infirme, un enfant de Calabre se rêve champion de course à pied.

Encore une fois, ce qui n’aurait pu être que facilités mélodramatiques et mièvrerie larmoyante est transcendé par le style de Luigi Comencini: fraîcheur du jeune interprète Santo Polimeno, pudeur, droiture et sensibilité de l’expression, empathie inconditionnelle de l’auteur pour chacun de ses personnages. La grandeur du cinéaste s’exprime notamment via le fait que le père n’est pas montré comme une méchante brute mais que les raisons de sa dureté sont exposées avec justesse: il souffre de sa condition de prolétaire et veut assurer un bel avenir à son fils. En homme de gauche intelligent, Comencini révèle la nature oppressante des structures mais prend soin de ne pas charger les individus.

Il porte un regard tendre et parfois amusé sur ces gens qui se débattent entre des traditions sclérosantes (le gamin qui se fait tirer dessus par les ennemis de sa famille!) et l’envie de rêver envers et contre une réalité non pas misérable mais souvent désespérante. Ainsi le personnage du chauffeur de bus interprété par le grand Gian Maria Volonte est-il magnifique. La fable s’inscrit merveilleusement dans la splendeur âpre des paysages calabrais; la lumière naturelle est superbe.

Un enfant de Calabre est donc un très joli film qui mérite pleinement le noble qualificatif suivant, qualificatif déjà tombé en désuétude en cette fin des années 80: humaniste.

Marcellino (Luigi Comencini, 1991)

Mardi, janvier 29th, 2013

Au XVIIème siècle en Italie, un bébé abandonné est recueilli par des moines.

Marcellino est un film plein de tendresse où Comencini évite habilement les écueils qui auraient pu être les siens avec un tel sujet (mièvrerie…). Tout au plus, l’épilogue appuie t-il un peu trop l’aspect édifiant de la fable. Des gags rafraîchissants, surtout dans la première partie, compensent le sentimentalisme mignon de l’oeuvre. La partie avec le comte est racontée un peu grossièrement mais le magnifique dénouement rattrape le tout. Ce qui reste le testament de Luigi Comencini est un joli film humaniste qui sans figurer parmi ses chefs d’oeuvre est tout à fait digne de son auteur.

Heidi (Luigi Comencini, 1953)

Jeudi, janvier 17th, 2013

Une petite fille adoptée par son grand-père montagnard est emmenée à la ville par sa tante.

Le début à la montagne est très beau avec les chants folkloriques, les paysages superbes, les chèvres, les enfants pleins de fraîcheur. La suite à la ville est moins pastorale et plus mièvre.

Déménagement (Shinji Somai, 1993)

Lundi, décembre 17th, 2012

La difficile acceptation du divorce de ses parents par une petite fille.

L’argument est simple et universel. Depuis Truffaut et Comencini, on n’avait pas vu de film à ce point organisé par le regard d’un enfant. La petite prend part à chacune des scènes. La séparation en elle-même n’intéresse pas Shinji Somai qui se concentre sur les conséquences de celle-ci sur la vie émotionnelle de l’enfant.

Le récit est très ténu mais un découpage particulièrement ample permet au cinéaste d’appréhender avec une belle sensibilité chaque manifestation physique des soubresauts provoqués par le divorce: enfermement dans la salle de bain, bagarre à l’école, courses-poursuites avec ses parents…Il y a beaucoup de courses-poursuites dans Déménagement.

Ces fugues répétées et à la limite de l’absurdité burlesque concourent à créer un sentiment d’étrangeté diffuse. Cette poésie latente, qui se traduit également par des plans répétés sur des arbres soufflés par le vent, devient éclatante dans la longue déambulation finale placée sous les auspices de Laughton et Murnau. La chronique réaliste a alors glissé tout en douceur vers une sorte d’onirisme cosmique. L’errance aux confins du rêve et de la réalité déclenchera une puissante nostalgie chez l’enfant et, peut-être, un retour à la sérénité.

Il y a très mots de mots. Les états d’âme ne sont pas explicités mais suggérés par l’ensemble des éléments de la mise en scène: placement légèrement incongru des acteurs dans le cadre, distance pudique et bienveillante de la caméra, adagios superbes de Shigeaki Saegusa (sa musique fait songer à du Delerue en plus retenu) et, surtout, visage particulièrement expressif de l’adorable Tomoko Tabata.

Il est difficile d’émettre une interprétation définitive sur un film aussi original d’un cinéaste aussi méconnu. Une seule certitude: celle d’avoir vu un film au ton tout à fait unique dont la singularité ne relève pas de la posture mais d’un accord parfait entre le sujet et le point de vue de l’auteur sur celui-ci. Si on était déraisonnables, on pourrait parler de chef d’oeuvre. Soyons déraisonnables.

La maternelle (Jean Benoît-Lévy & Marie Epstein, 1933)

Jeudi, octobre 25th, 2012

Une jeune femme de bonne famille abandonnée par son fiancé devient dame de service dans une école maternelle.

La maternelle fut un immense succès critique en son temps. Son auteur, Jean Benoît-Lévy, avait une haute idée sociale du cinéma et allait plus tard occuper un poste important à l’UNESCO. Il adaptait ici un roman de Léon Frapié lauréat du prix Goncourt 1904. Marie Epstein, soeur de Jean, fut sa collaboratrice attitrée. La maternelle capitalise beaucoup sur les bêtises de gamins quasiment saisis sur le vif qui provoquent l’attendrissement et l’amusement du spectateur. Il y a ainsi une dimension documentaire qui anticipe celle de Etre et avoir. Mais le film ne se limite pas à ça. Même s’ils appuient parfois un peu lourdement le sens d’une situation, les auteurs sont guidés par ces qualités rares que sont le tact et la droiture, qualités qui  leur permettent de traiter sans faute de goût ni pusillanimité un matériau délicat qui contient son lot de cruautés.

Voir le sérieux radical avec lequel est présenté le désespoir de l’enfant. Voir l’élégance de l’ellipse qui enchaîne les deux premières séquences. Voir la parfaite séquence de l’abandon où la mise en scène se charge de ne pas enfoncer la mère. La coexistence de la tendresse, du pathos et de la légèreté des jeux enfantins est rendue harmonieuse par la sensibilité des cinéastes et par la rapidité du rythme des images. Reste Madeleine Renaud: son jeu plein de sensiblerie détonne d’avec la sobriété du reste de la distribution (ainsi Alice Tissot qui atténue considérablement la dureté de la directrice) et pourra paraître désuet. Mais son personnage est le plus meurtri d’entre tous les adultes du film.

Driftwood (Allan Dwan, 1947)

Samedi, octobre 13th, 2012

Un médecin de campagne recueille une orpheline et son chien.

Driftwood est un film du genre « americana ». C’est à dire que son prétexte dramatique, exposé ci-dessus, permet de montrer les rapports sociaux d’une petite communauté provinciale. Simple, concis, varié et gentiment humaniste, Driftwood franchit parfois la ligne jaune de la mièvrerie (le procès du colley) et du larmoyant (les gros plans sur Natalie Wood enfant en larmes ou malade). Ce qui est assez étonnant de la part d’Allan Dwan que l’on a connu plus retenu dans ses effets. Plus superficiel et moins évocateur que Stars in my crown -sans doute le chef d’oeuvre du genre- , Driftwood est un film globalement mignon et parfois grand qui bénéficie d’une belle photo de John Alton et d’une excellente interprétation de l’ensemble des comédiens.