Posts Tagged ‘New-York’

Solitude (Paul Fejos, 1928)

Dimanche, janvier 31st, 2010

Un ouvrier rencontre une standardiste à Coney Island.

Autrement dit “Boy meets girl”. Solitude ne raconte ni plus ni moins que le début d’une histoire d’amour dans une grande ville moderne. Aucune réelle originalité (les scènes de kermesse sortent tout droit de L’aurore) mais une perfection technique de chaque instant. Ce chant du cygne du cinéma muet bénéficie de tous les acquis de trente ans d’art silencieux. Surimpressions, travellings et montage accéléré sont employés avec la plus évidente des virtuosités par le cinéaste. Qu’il s’agisse d’évoquer l’effervescence des standardistes débordées, la liesse populaire à la fête foraine ou la simplicité des tâches quotidiennes, Fejos ne manque ni d’habileté ni de tact. Il fait même oeuvre de poète à l’occasion de certaines séquences. Ainsi de la merveilleuse solitude du couple au milieu de la piste de danse. Cependant, et c’est peut-être la singularité de Solitude, cette maîtrise absolue du réalisateur va de pair avec une attention réaliste à ce qu’il représente. Son film ne manque pas de vie et Barbara Kent, qui a fêté son 103ème anniversaire le mois dernier, ne manque pas de fraîcheur.

Tout au plus pourra t-on regretter que ce flot vertigineux d’images ne fasse guère plus qu’illustrer la romance: le discours sur le manque de communications dans une société industrielle est loin d’avoir la profondeur de celui de Vidor dans La foule, sorti la même année. Mais après tout, l’ambition de Fejos n’est certainement pas la même que celle de Vidor. Et en tant que tel, son film est une parfaite réussite. Pour peu que l’on accepte sa sentimentalité parfois excessive (l’homme qui se met à pleurer à la fin), Solitude s’avère tout à fait charmant.

Le détective (Gordon Douglas, 1968)

Mardi, décembre 29th, 2009

Un policier new-yorkais quinquagénaire enquête sur le meurtre d’un homosexuel en même temps que son mariage avec une jeune sociologue part à vau-l’eau.

The detective est un polar ambitieux qui se veut adulte, préoccupé par la réalité sociale de son temps. Dans l’ensemble, ces ambitions sont concrétisées. The detective est la peinture d’un monde en décrépitude face auxquelles les “bonnes vieilles valeurs” incarnées par le personnage de Frank Sinatra ne peuvent rien. Celui-ci a beau se voiler la face face aux névroses de son épouse nymphomane, celle-ci n’arrêtera pas pour autant ses infidélités. La principale limite du film est que les intentions de ses auteurs sont parfois trop visibles. Par exemple, la scène entre Sinatra et les amis de sa femme après le théâtre n’est là que pour signifier la différence culturelle entre les deux amoureux. Elle se réduit à ça, les amis sont de purs faire-valoirs. Dans ce genre de scène, comme lors des discours de Sinatra sur l’incurie de la municipalité, les intentions étouffent la vie. De plus, la construction alambiquée du récit n’est pas toujours convaincante.

Gordon Douglas est excellent lorsqu’il vise l’efficacité (l’arrivée au commissariat en plan-séquences, modèle de concision) mais contestable lorsqu’il expérimente (le raccord dans l’axe des deux regards caméras au moment de la demande en mariage).
Heureusement, la sensibilité des interprètes (et les yeux sublimes de Lee Remick) aide le cinéaste à faire face à une écriture pas toujours subtile.

Derrière la classe innée de sa star, derrière les jolies couleurs de sa photo, derrière les expérimentations douteuses de son réalisateur, The detective témoigne d’une noirceur bien plus cinglante que nombre de ses successeurs des années 70. En témoignent par exemple l’exécution capitale et ce qui s’ensuit.

Bref: aussi consternante qu’y soit la coupe de cheveux de Jacqueline Bisset, ce film vaut toujours mieux qu’un Cruising.

The addiction (Abel Ferrara, 1995)

Jeudi, novembre 19th, 2009

A New-York, une étudiante se fait mordre, ne peut plus contrôler sa soif de sang frais et devient nihiliste.

Eminemment fumeux.

Un jour à New-York (On the town, Gene Kelly et Stanley Donen, 1949)

Vendredi, octobre 23rd, 2009

Les marivaudages de trois marins pendant une permission de 24 heures à New-York.

Une comédie musicale qui brille par son esprit juvénile et hédoniste. En effet, il ne faut pas se laisser avoir par les apparences sucrées du genre. Les marins n’ont qu’une idée en tête: baiser. Le film n’est jamais que la mise en scène des différentes manoeuvres des trois hommes pour arriver à leurs fins. Il n’y a aucune mièvrerie. Dans un mouvement gentiment anarchiste, les auteurs opposent à la fougue des jeunes gens la bêtise des policiers municipaux, policiers sortis tous droits d’un court-métrage de la Keystone.

Perfection du rythme, perfection des chorégraphies, perfection de la mise en scène. Le miracle est que la maîtrise absolue de Kelly et Donen (qui n’avait alors que 25 ans!), loin d’étouffer la vitalité de leur matière, l’avive prodigieusement. N’est-ce pas là le secret de la réussite d’un musical? Réalisme et onirisme sont maniés au gré de la fantaisie des audacieux créateurs qui ont régénéré le genre pour les dix ans à venir. Avec ce classique éblouissant qui n’a rien perdu de sa force, la comédie musicale entrait dans un nouvel âge d’or, âge d’or placé sous la houlette du génial producteur Arthur Freed.

L’adorable voisine (Bell, Book and Candle, Richard Quine, 1958)

Vendredi, août 28th, 2009

A Manhattan, une jolie sorcière séduit son voisin du dessous. Elle doit se méfier car une sorcière qui tombe amoureuse perd ses pouvoirs…

L’adorable voisine est une charmante comédie romantique. Sans plus. Le style est particulièrement élégant -le Technicolor feutré de James Wong Howe vaut le détour à lui tout seul- mais force est de constater que le registre limité de Kim Novak n’est pas adéquat pour une comédie. Son jeu manque de fantaisie, de vivacité. En revanche, les séquences où elle envoute James Stewart sont extraordinaires puisque cette dame est la fascination incarnée. Il faut la voir, lascive, féline, aguicheuse, sur son canapé…Elle est à la fois la limite et le principal atout du film. Du coup, l’analogie entre la sorcellerie et l’amour qui est en gros le propos du film est bien rendue.

Falling in love (Ulu Grosbard, 1984)

Vendredi, août 21st, 2009

Histoire d’adultère entre deux quadra new-yorkais.

Ce n’est pas terrible, un peu niais et très conventionnel. Grâce notamment aux excellents acteurs, il y a tout de même quelques jolies séquences avec un peu de vérité dedans (c’est heureusement plus charnel que Brève rencontre dont ça s’inspire fortement).

Big boy (Francis Ford Coppola, 1966)

Jeudi, juin 25th, 2009

Un jeune homme de 18 ans quitte sa province pour New-York. Loin d’une famille étouffante, il va se faire déniaiser. Ou pas.

Comédie avec des personnages et des situations trop caricaturaux pour être intéressante. De plus, la mise en scène est aussi grossière. C’est parfois monté en dépit du bon sens, peut-être à cause de l’influence des nouvelles vagues sur le jeune Coppola. Les amateurs de pop apprécieront les chansons des Loving spoonful qui composent la bande originale. Les autres oublieront très vite cet American pie indé new-yorkais 60’s.

Le petit fugitif (Ray Ashley, Morris Engel et Ruth Orkin,1953)

Mardi, février 17th, 2009

Réalisé complètement en marge des circuits de production et de distibution habituels, Le petit fugitif est un film resté dans les annales comme un précurseur des diverses nouvelles vagues. Le découvrir aujourd’hui est l’occasion de vérifier encore une fois que valeur esthétique et importance historique ne coïncident pas toujours. S’il est aisé de comprendre ce qui a pu attirer l’attention des critiques et festivaliers (de la Mostra de Venise notamment) de l’époque dans ce film tourné à l’arrachée dans les rues de New-York, il est difficile aujourd’hui de passer outre l’extrême indigence dramatique du film. Que raconte Le petit fugitif ? La fugue d’un gamin à la fête foraine de Coney Island.

-C’est tout ?, me demandez-vous.
-A une exposition et une conclusion près, c’est tout, vous réponds-je.
-Mais alors, c’est un court-métrage ?, me demandez-vous.
-Non, vous réponds-je, ça dure une heure vingt.
-Mais alors, que se passe t-il à l’écran pendant tout ce temps ? me demandez-vous.
-On a droit à toutes sortes de séquences pleines de “naturel” comme les affectionnent les lecteurs de Télérama qui n’aiment rien moins qu’infliger à leur progéniture des films qu’ils qualifient de “culturel” parce qu’ils sont projetés le mercredi après-midi dans des salles art et essai. Le gamin sur un cheval à bascule, le gamin mange une glace, le gamin monte sur un poney, le gamin fait un tour de manège, le gamin monte sur un autre poney, le gamin joue à chamboule-tout, le gamin mange une pastèque, le gamin remonte sur le premier poney…

Autant de séquences qui, en plus de n’avoir aucune fonction narrative, sont dénuées de toute dimension évocatrice ou poétique. Les réalisateurs ne montrent rien sur l’enfance mais se contentent de capitaliser sur l’attendrissement du spectateur devant un enfant haut comme trois pommes qui s’amuse. Sans souci aucun de la redondance, de la répétition. Sans le moindre esprit d’invention. A partir du moment où le film s’avère plus niais et lénifiant qu’une aventure de Lassie, le fait qu’il ait été réalisé “en dehors du système” fait une belle jambe au spectateur. Spectateur qui, dans son incommensurable ennui, aura tout le loisir de noter que la caméra est placée “à hauteur d’enfant”, c’est à dire à 80 centimètres du sol. Procédé ô combien novateur je n’en doute pas mais procédé seulement. Procédé qui pour se transformer en figure de style pertinente aurait nécessité une intégration à un ensemble cohérent et évocateur, bref à une mise en scène digne de ce nom. Mais il n’y a pas de mystère. Le néant de la mise en scène répond au néant du scénario.

Hello sister! (Erich Von Stroheim, 1930)

Dimanche, février 1st, 2009

L’unanimité autour d’Erich Von Stroheim réalisateur m’a toujours interrogé. Au contraire des grands du muet (Murnau, Sjöström, Borzage…), son style est dénué de poésie visuelle et se réduit à un naturalisme lourdaud. De fait, il est généralement encensé pour des raisons extra-cinématographiques: longueur démesurée des métrages, affrontements avec les studios, tournages épiques…Toutes anecdotes qui ont contribué à faire de Stroheim un génie maudit broyé par l’industrie. Comme si refuser de sortir un film d’une durée de huit heures était une marque de philistinerie de la part d’Irving Thalberg, producteur immense s’il en est. Comme si réaliser un film de huit heures n’était pas la marque d’une incapacité à raconter correctement une histoire de la part d’Erich Von Stroheim. A cela s’ajoute une vision immanquablement sordide de l’humanité qui ne manque jamais d’exciter les nombreux critiques en herbe qui confondent pessimisme cynique et vérité.

A priori, ce dernier film est l’un des moins personnels du cinéaste. Durant le tournage pour la Fox, Winfield Sheehan a été remplacé par Sol Wurtzel qui était hostile à Stroheim et qui a fait tourner de nouvelles séquences par Raoul Walsh, Alfred Werker et Alan Crosland. Pourtant, la marque de Stroheim est bien là. Ce qui fait de Hello sister! un film plus intéressant que, disons, Folies de femmes, c’est qu’il y a un cadre: celui d’une bluette tout ce qu’il y a de plus conventionnel. Ainsi, l’oeuvre ne se résume pas à la peinture attendue d’une société décadente et vicieuse. Au contraire, en instillant sa dose de perversité habituelle à une commande standardisée, Stroheim lui donne une épaisseur inattendue. Il crée une tension absente de ses films où il se laissait complètement aller à ses obsessions. Ici, l’audace de certaines représentations sert la fiction puisqu’elle rend les personnages plus authentiques dans leurs comportements et leurs réactions. Ainsi de plusieurs séquences qui frappent d’autant plus le spectateur qu’elle sont intégrées à une trame mélodramatique: tentative de viol, bagarre violente entre un homme et une femme…Notons aussi un  personnage rare et beau: celui de la “fille moche” jouée par Zasu Pitts. Un personnage de vieille fille qui n’a rien à voir avec une Katharine Hepburn mais qui souffre de sa solitude. C’est une idée géniale de la part de Stroheim que de laisser la caméra s’attarder sur elle à la fin de la séquence où un futur marié laisse exploser sa joie. Enfin, ce dernier film, un film qui a en fait pour objet la vertu d’une jeune mariée, confirme qu’il n’y a pas plus puritain que les peintres des vices.