Posts Tagged ‘Nicholas Ray’

Le Paradis des mauvais garçons (Macao, Josef Von Sternberg, 1952)

Mardi, janvier 26th, 2010

A Macao, un aventurier américain se retrouve embarqué dans une sale histoire.

Exotisme de studio, éclairages savants, mouvements de caméra sophistiqués, dialogues piquants, rapports amoureux brutaux…Von Sternberg obligé de supporter les caprices de Howard Hughes (le réalisateur sera viré avant la fin du tournage et remplacé par Nicholas Ray) recycle sa panoplie sans grande conviction. C’est parfois joli à regarder mais le scénario réussissant le tour de force d’être à la fois inconsistant et embrouillé est vraiment trop nul.

L’ardente gitane (Hot blood, Nicholas Ray, 1956)

Dimanche, mai 10th, 2009

Dans une grande ville américaine, le chef d’un clan gitan souhaite que son jeune frère lui succède. Il arrange un mariage avec une belle gitane mais le jeune frère n’est pas très attaché aux traditions de son clan…

L’ardente gitane, c’est surtout une orgie plastique, un Scope-couleur éclatant, une mise en scène baroque qui lorgne vers la comédie musicale sans s’y abandonner vraiment (à la manière de Traquenard du même Nicholas Ray). Le film part d’un folklore très kitsch, celui des gitans vus par Hollywood, pour arriver à l’histoire d’un jeune homme qui se fritte avec avec sa famille, avec ses traditions par soif de vivre indvidualiste. C’est donc, au fond, typiquement rayien.  Plusieurs séquences de blabla redondantes alourdissent la narration et le film n’est tout compte fait qu’à demi-réussi mais il satisfera les amateurs de son auteur.

La femme aux maléfices (Born to be bad , Nicholas Ray, 1950)

Mardi, février 10th, 2009

Une femme fatale sème le trouble chez des artistes branchés. Un film très convenu. Il y a le toujours génial Robert Ryan, c’est plutot bien joué dans l’ensemble mais on ne décèle aucune trace de la sensibilité qui caractérise les films intéressants de Nicholas Ray.

Les dents du diable (The savage innocents, Nicholas Ray, 1959)

Mercredi, janvier 7th, 2009

La confrontation dramatique d’un inuit à la culture occidentale.
Les dents du diable commence par une longue exposition à la limite du documentaire. Le cinéma, c’était aussi un moyen de découvrir des contrées et des peuplades peu connues et cette partie du travail est bien remplie par Nicholas Ray. Voir les esquimaux filmés en Cinémascope déambuler au milieu des icebergs en kayak pourrait suffire au bonheur du spectateur avide d’horizons nouveaux. Lentement, la tragédie s’installe sans que la mise en scène ne perde son épure ni sa simplicité. Le récit s’articule autour de la confrontation de deux civilisations. Sans angélisme du type “bon sauvage”, sans diabolisation de l’homme blanc, les auteurs font preuve d’un réel respect pour une culture qui vit en harmonie avec la nature au prix parfois d’âpres sacrifices. Anthony Quinn excelle dans l’interprétation du héros esquimau traqué.

Si, malgré ses multiples qualités, Les dents du diable ne figure pas parmi les chefs d’oeuvre de Nicholas Ray, c’est que le génie de son auteur réside d’abord dans la finesse de ses analyses psychologiques et que son lyrisme plastique s’épanouit avec la peinture de personnages tourmentés par une société aliénante ou par une fêlure intime. Caractéristique qui en fait d’ailleurs le cinéaste de la modernité par excellence. Manque donc dans ce film sur un héros au fonctionnement archaïque la secrète vibration qui parcourt La maison dans l’ombre, Le violent, Derrière le miroir et autres joyaux incandescents. Les dents du diable n’en reste pas moins un beau film.

Les ruelles du malheur (Knock on Any Door, Nicholas Ray, 1949)

Mardi, février 12th, 2008

Ca s’annonce comme un vilain film à thèse, lourde démonstration de cette idée du XIXème siècle comme quoi le délinquant est le produit de la société. Mais au fur et à mesure des flash-backs retraçant l’histoire de ce jeune accusé de meurtre, Nicholas Ray individualise ses personnages. Ainsi, le film devient intéressant, il se singularise à partir du moment où le voyou s’éloigne de son environnement socio-familial très stéréotypé pour trouver l’amour. C’est que l’auteur des Amants de la nuit filme les jeunes couples en marge de la société comme personne. Grâce à des interprètes impliqués, une écriture simple et deux ou trois superbes gros plans, il ancre ses tourtereaux dans un quotidien tout en les sublimant. Par ailleurs, les relations entre le jeune héros (John Derek à ses débuts) et l’avocat-éducateur joué par Humphrey Bogart s’éloignent peu à peu du déterminisme sentimentalo-sociologique qui prévaut dans les mauvais films sur le même sujet. Le metteur en scène montre clairement la violence de leurs rapports lorsque Bogart n’hésite pas à plaquer John Derek au sol pour récupérer son argent volé. Au rayon des regrets, il y a aussi la partie du film consacrée au procès, trop longue et redondante comme c’est souvent le cas pour ce genre de séquence malgré la plaidoirie inspirée de Bogart. En revanche, la fin donne au film une grandeur tragique inattendue.
Bref, grâce au lyrisme douloureux insufflé par Nicholas Ray, Les ruelles du malheur est autant le portrait lucide mais compatissant d’un être faible qu’un réquisitoire certes pas très fin contre “la société”.

We can’t ho home again (Nicholas Ray, 1976)

Samedi, décembre 22nd, 2007

Ce dernier film de Nicholas Ray, tourné avec ses étudiants, est le parangon d’un certain déclin du cinéma. Alors que son auteur réalisait des petits bijoux de sensibilité au sein des studios des années 50, il supervise ici -hors du système- un des films les plus imbitables que j’ai jamais vus. C’est comme si, après que Godard ait été inspiré par Ray, c’est Ray qui s’inspirait de Godard. Simplement, ne seraient retenues du Français et de l’avant-garde en général que les expérimentations fumeuses (triturage de la pellicule, split-screen dans tous les sens, son désynchronisé, récit sans queue ni tête…). Evidemment, il se trouvera toujours des analystes pour gloser à loisir sur les différents signifiants de l’objet. Pour s’amuser à faire le lien thématique avec l’oeuvre hollywoodienne du cinéaste. D’autant que celui-ci est assez évident, We can’t go home again parlant essentiellement de filiation mal assumée. Mais c’est bien là le drame. Ce qui était travaillé, stylisé et profondément vibrant dans les films classiques, est ici bidouillé et annihilé par l’ostentation arty (waouh, regardez l’image qui change de couleur, si ça c’est pas de l’art). Evidemment, une ou deux séquences sur l’ensemble du métrage peuvent émouvoir, je pense notamment au suicide final très cru donc très frappant. Reste que -quitte à passer pour un béotien- mon choix est vite fait entre l’art d’usine et l’art d’université.