Posts Tagged ‘série B’

Decoy (Jack Bernhard, 1946)

Jeudi, février 25th, 2010

Une garce séduit le médecin légiste du pénitencier pour qu’il trafique l’exécution de son amant condamné à mort qui seul connaît l’emplacement de son magot…

…Et ceci n’est qu’un aspect de l’histoire ahurissante racontée par Decoy, série Z de la Monogram dont l’intérêt se limite à l’immoralité absolue de son héroïne. En dehors de quelques idées qui brillent par leur mauvais goût (le plan subjectif depuis la chambre à gaz pendant l’exécution), la mise en scène est d’une ennuyeuse platitude. Il n’y a pas un millième de la poésie de Détour, autre film noir fauché. Dommage.

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L’homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957)

Lundi, février 8th, 2010

Le titre est un parfait résumé du film.

Et pourtant celui-ci ne cesse de surprendre. C’est que l’idée de base, loin de stériliser l’inventivité des auteurs, entraîne les idées de mise en scène. L’environnement du héros est le moteur de la narration. Un canapé, une paire de ciseaux, une araignée, une maison de poupée…sont autant d’éléments concrets générateurs de péripéties et qui font de L’homme qui rétrécit un formidable film d’aventures. Une buanderie devient un territoire aussi riche de possibles que l’Amazonie. D’une façon élémentaire donc implacable, L’homme qui rétrécit montre que l’homme possède en lui les ressources intellectuelles et morales lui permettant de maîtriser n’importe quel environnement hostile. On appréciera également la fin -aussi logique qu’inattendue- qui donne une portée cosmique à ce poème humaniste. L’homme qui rétrécit est véritablement une quintessence de la “série B” américaine.

Sunny side of the street (Richard Quine, 1951)

Mercredi, janvier 6th, 2010

Comme il voit et entend plein de vedettes dans ses émissions, un type qui travaille à la télévision veut devenir chanteur.

Western, polar ou fantastique sont les premiers genres qui viennent à l’esprit lorsqu’on évoque la série B américaine. Pourtant, celle-ci ne concernait pas que les films d’action. Une partie de la production des comédies musicales de l’âge d’or était également consacrée à des budgets réduits. Ainsi de ce produit de la Columbia qui est également une des premières réalisations de Richard Quine. C’est en couleurs mais l’intrigue et la mise en scène sont franchement indigentes. Sunny side of the street est du niveau des films de rock&roll qui sortiront d’Hollywood quelques années plus tard. Reste quelques standards interprétés par Frankie Laine qui est la vedette du film. A réserver aux fans du bonhomme.

The river’s edge (Allan Dwan, 1957)

Mardi, décembre 8th, 2009

Un fermier qui vit près de la frontière mexicaine a épousé une jeune femme en liberté conditionnelle. L’ancien amant et complice de celle-ci revient un jour avec un magot d’un million de dollars. Il entraîne le couple dans sa cavale…

The river’s edge est un polar dans lequel les conventions du genre sont complètement transcendées par les auteurs. Il y a d’abord la formidable inventivité d’une équipe de vieux routiers hollywoodiens aptes à créer avec trois fois rien. Voir par exemple la longue et passionnante séquence de la grotte dans laquelle trois personnages, un pistolet, un magot et un serpent suffisent pour faire rebondir intelligemment les situations et révéler la nature profonde des personnages. Une des marques du génie d’Allan Dwan dans ce film est sa façon de réduire un décor à quelques éléments clés pour en synthétiser l’essence. Par exemple, un feu de camp et deux arbres lui permettent de réduire la forêt à une scène de théâtre et de faire ainsi fusionner les dimensions du drame avec celles du cosmos. Les possibilités du Cinémascope sont magnifiquement exploitées. La lumière de The river’s edge est également extraordinaire. La vivacité des couleurs et l’épaisseur des textures des accessoires modernes (voitures, mobilier intérieur…) aussi bien que le scintillement des rayons solaires sur la rivière donnent à l’environnement une présence profondément irréelle, subtilement magique. Cette harmonie plastique est cependant régulièrement heurtée par des éclats de violence tel, au milieu d’une séquence nocturne, ce raccord brusque sur le corps ensanglanté d’un flic venant d’être écrasé.

En effet, Dwan n’est pas metteur en scène à faire de la joliesse pour esquiver le traitement du drame. Aussi panthéiste que soit son style, les passions des protagonistes sont au centre des préoccupations de cet authentique humaniste. Passion est d’ailleurs le titre d’un autre de ses chefs d’oeuvre. The river’s edge est d’abord un film d’amour avec des personnages magnifiques. Anthony Quinn est bouleversant de vérité. Lorsqu’il conduit la caravane et qu’il regarde dans le rétroviseur, les tourments intimes de son personnage sont exprimés en deux plans. Debra Paget, affriolante comme il faut, incarne parfaitement l’ambigüité féminine. Quant au personnage de Ray Milland, les auteurs ont eu l’idée de détourner la convention qui régit son caractère de méchant. Idée d’une simplicité biblique qui achève de  faire du polar un sublime poème élégiaque. The river’s edge est un des meilleurs films nés de la miraculeuse association entre Allan Dwan et le producteur Benedict Bogeaus.

Je relis ma critique et je me rends compte de la variété quasi-délirante des adjectifs que j’ai employés pour qualifier la beauté de cette série B. Elégiaque, panthéiste, humaniste…autant de termes parfois contradictoires qui devraient m’engager à revoir ma copie. Mais si le secret de ce joyau baroque et primitif (allez, deux de plus) résidait dans sa faculté à épuiser le cartésianisme de ses commentateurs?

Association criminelle (The big combo, Joseph H.Lewis, 1955)

Dimanche, septembre 20th, 2009

La croisade d’un flic pour arrêter le caïd Mr Brown.

A partir de ce canevas basique, les auteurs ont développé un film riche de sens, aux caractères plus complexes qu’il n’y paraît. The big combo est une sorte de quintessence de la série B tel qu’idéalisée par les cinéphiles. C’est un film sec à la mise en scène épurée mais très évocatrice et riche de sens. Voyez les cadres ne contenant que l’essentiel en terme d’accessoires et de décors. Voyez la façon dont Mr. Brown se comporte avec sa maîtresse, tout prisonnier de son désir qu’il est. En deux plans trois mouvements (de l’acteur), Lewis épaissit un personnage archétypal. En effet, bien que le film soit anti-sentimental au possible, ses personnages de durs sont secrètement romantiques. Sans le moindre épanchement, il est clairement signifié que le flic agit essentiellement par amour. Dans ce rôle, Cornel Wilde est comme à son habitude excellent, insufflant chair et sang à un archétype en usant d’un minimum d’effets.

Le bandit (The naked dawn, Edgar G.Ulmer, 1955)

Mercredi, août 5th, 2009

Après la mort de son ami, un bandit en cavale se réfugie chez un couple de fermiers.

Le bandit est une série B extraordinaire, un petit film inclassable et d’une originalité folle. C’est censé être un western mais il y a très peu d’action, pas mal de dialogues et une des séquences les plus longues est une conversation entre un homme et une femme dans une cuisine! Il est difficile d’en parler correctement sans déflorer l’intrigue. Disons que Le bandit est axé sur la confrontation d’un bandit mexicain avec un jeune couple et que ce qui l’élève, c’est que c’est un film fait de beaux sentiments. Un film d’une noblesse qui réchauffe le coeur. Cette noblesse n’apparaît jamais forcée grâce une remarquable justesse dans l’écriture des personnages, quasiment aucun évènement n’arrivant trop tôt. Le tout est mis en scène avec des plans-séquences d’une efficacité remarquable. Ils présentent l’action tout autant qu’ils nous familiarisent avec la maison où elle se passe. On se sent chez nous dans ce film. Les couleurs, très vives, sont superbes, les textures sont palpables. Le héros est interprété par le grand Arthur Kennedy, un abonné aux seconds rôles chez Raoul Walsh ou Anthony Mann qui donne avec cette composition mémorable de bandit aux multiples facettes la pleine mesure de son talent.

Certains cinéphiles -Lourcelles en premier lieu- ont littéralement porté ce film aux nues, en faisant un des plus beaux de l’histoire du cinéma. Je n’irai pas jusque là parce quelques menues scories tel la truculence exagérée d’Eugene Iglesias qui joue le mari ou une fin quelque peu expédiée m’ont empêché de goûter pleinement cette néanmoins véritable pépite, pépite qui prouve une nouvelle fois la précieuse singularité d’Edgar Ulmer, cinéaste qui se révélait à la hauteur des plus grands lorsqu’il avait à sa disposition le minimum de moyens matériels ou dramatiques nécessaire à la réalisation d’un film.

The man from planet X (Edgar G.Ulmer, 1951)

Mardi, août 4th, 2009

Des scientifiques établissent le contact avec un extra-terrestre dont le vaisseau s’est écrasé en rase campagne.

The man from planet X est une série Z dont les acteurs impliqués et la mise en scène soignée arrivent à faire oublier le manque de moyens matériels. C’est même un beau film, à contre-courant de la production hollywoodienne d’alors. En effet, l’extraterrestre n’est ni angélisé ni diabolisé. Ses intentions resteront mystérieuses et il en résulte une sublime incertitude. The man from planet X ou comment ouvrir des perspectives immenses sur l’humanité à partir d’un vulgaire film de série.

Decision at sundown (Budd Boetticher, 1957)

Mardi, juin 23rd, 2009

Injustement sous-estimé (voyez la façon dont il est expédié par les différents critiques du Positif spécial Boetticher de novembre 69), Decision at sundown est pourtant un film excellent, un opus qui ne manque pas d’originalité au sein d’une série, celle des collaborations entre Budd Boetticher et Randolph Scott, par ailleurs génialement uniforme. Ce qui est suggéré, latent dans Sept hommes à abattre ou Ride lonesome est ici  éclatant. Sans se départir de son sens de la litote, le cinéaste montre les affects du héros vengeur joué par Scott. Simplement. Sans pathos, la mélancolique minéralité cède la place à une expression profondément humaine de la douleur. Humaine car instable, imprévue. Les trémolos dans la voix de Randolph Scott au moment de l’assassinat de son ami par le shérif pourri sont remarquables pour trois raisons. D’abord, ils sont à peine perceptibles; ils sont là mais Boetticher reste Boetticher, Scott reste Scott, et il ne s’agit jamais que d’une inflexion de voix qui ne dure pas plus de trois secondes. Ensuite, ils sont d’autant plus tristes qu’ils sont complètement inattendus de la part du héros habituellement impassible. Comme si l’espace d’un instant, la mécanique implacable dérapait. C’est l’émotion qui surgit et l’émotion est par essence imprévisible. D’où, devant cette image, l’impression rare et précieuse de captation et non de simulation d’un état d’âme. Enfin, cet évènement précis renvoie à une tristesse d’ordre beaucoup plus général, comme si l’espace d’un instant le personnage de Scott laissait libre cours à son dégoût devant la pourriture du monde, dégoût accumulé durant ses années d’errance mélancolique.

Cette amertume, ce profond désaccord avec le monde, caractérise le héros tout le long du film. Cela apparaît notamment à la fin, fin exceptionnellement inhabituelle pour le genre. La belle subtilité du film, c’est que les erreurs du héros serviront au moins à une prise de conscience de la communauté. Decision at sundown est d’ailleurs le western le plus politique de Boetticher. Toute l’action y est concentrée dans une petite ville, ce qui le différencie des films “désertiques” du cycle. Il y a plus de personnages, plus de dialogues mais cela n’empêche pas la merveilleuse simplicité de la narration. La ville est représentée par une poignée d’endroits-clés et on retrouve l’unité de temps et l’unité de lieu qui caractérisaient d’autres joyaux du western de série B “politique”, tel Quatre étranges cavaliers d’Allan Dwan.

Dick Tracy contre Cueball (Gordon Douglas, 1946)

Vendredi, mars 6th, 2009

Ce qui est bien avec ce genre de série B, c’est qu’il n’y a pas besoin de faire de résumé: le titre dit tout ce qu’il y a à savoir de l’intrigue. Gordon Douglas est aux manettes donc la mise en scène brille par son efficacité narrative. En dehors de ça, les personnages sont très typés et l’histoire est profondément inepte. Bref, c’est de la bonne BD filmée mais ça reste de la BD filmée.

La chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome, Budd Boetticher, 1959)

Jeudi, février 26th, 2009

On pourrait noircir des pages en parlant d’un film aussi riche que La chevauchée de la vengeance. Mais ce serait ternir l’éclat d’un style dont la beauté vient d’un singulier sens de l’épure, d’une absence évidente de vouloir-dire; la profusion thématique naît ici d’un récit à la rigueur exemplaire. Depuis Bazin, on a beaucoup loué la concision narrative des films de Boetticher scénarisés par Burt Kennedy. On la louera encore longtemps. Notons simplement la secrète mélancolie de Brigade, le personnage joué par le monolithe Randolph Scott, on notera que si le héros est comparable à James Stewart dans un western d’Anthony Mann (disons L’appât), cela ne se finit pas d’une façon aussi lumineuse. Le héros ne repart pas avec la fille et on n’est pas sûr lorsque le film s’achève qu’il surmontera le traumatisme qui a motivé son geste.

Génie de la mise en scène qui allie précision, rapidité et puissance d’évocation. Citons une séquence, une seule: celle où Karen Steele apprend la mort de son mari. Et concluons de suite avec la sentence définitive du jour: aimer le cinéma c’est aimer le western (axiome 1), aimer le western c’est aimer la poignée de chefs d’oeuvre qu’a tourné Budd Boetticher avec Randolph Scott (axiome 2), aimer le cinéma c’est aimer la poignée de chefs d’oeuvre qu’a tourné Budd Boetticher avec Randolph Scott (théorème déduit des susdits axiomes).