Posts Tagged ‘western’

Le sorcier du Rio Grande (Arrowhead, Charles Marquis Warren, 1953)

Jeudi, août 5th, 2010

Les évènements prouvent à une armée raisonneuse que leur éclaireur a bien raison de haïr les Apaches.

Que c’est vilain! D’accord, c’est violent, c’est noir, c’est “sans concession”. On peut penser à du Aldrich bas de gamme. Mais moralement, le film est détestable dans la mesure où il célèbre clairement son héros raciste (les cartons d’ouverture et de fin dissipent toute ambigüité à ce sujet). Et la forme est à l’image du fond. La mise en scène est indigente et les couleurs carrément laides.

Le vengeur (Hell’s Hinges, Charles Swickard, 1916)

Samedi, juillet 17th, 2010

Un révérend et sa soeur sont envoyés à Hell’s Hinges, ville sans foi ni loi.

Hell’s Hinges est un des films les plus réputés de la collaboration entre le producteur Thomas Ince (le pionnier qui a pour ainsi dire inventé le western) et l’acteur William S.Hart. L’amateur de western qui découvrirait ce film après les classiques de John Ford, Anthony Mann et compagnie se rendrait compte que tout ce qui fait la beauté du genre était déjà là en 1916. Notamment l’inscription de l’action dans un cadre naturel qui permet de marier la mythologie au plus pur des réalismes. Le découpage est d’une perfection toute classique.

Ancien comédien shakespearien, nettement plus sérieux que ses concurrents Tom Mix et Broncho Billy, William S.Hart incarnait des cow-boys tourmentés qui oscillaient entre le Bien et le Mal. Dans Hell’s Hinges, il est un bandit qui trouvera une amère rédemption en défendant la soeur du pasteur contre ses anciens camarades. La séquence qui le voit touché par la grâce est magnifique de simplicité, l’acteur exprimant l’évolution de son personnage en jouant avec son chapeau. De même le plan, où il prend la jeune fille endeuillée dans ses bras. C’est simple, c’est pur, c’est beau.

Le jusqu’au boutisme puritain de l’intrigue est un peu lourd. Le parfum d’Apocalypse distillé par les grandioses scènes d’incendie finales anticipe Pale Rider et L’homme des hautes plaines. L’histoire racontée par Hell’s Hinges est subtile tout en restant profondément manichéenne. Ce qui n’est pas très gênant. La morale simple et dure est celle des pionniers; des pionniers de l’Amérique, des pionniers du cinéma.

Hell’s Hinges est visible dans de bonnes conditions ici. Qui plus est, le travail éditorial qui accompagne le film est excellent.

L’aigle solitaire (Drumbeat, Delmer Daves, 1954)

Mardi, juillet 13th, 2010

En 1876, la mission de Johnny McKay envoyé par le président des Etats-Unis pour pacifier les Indiens Modocs.

Ce western est donc basé sur des faits historiques et la volonté de sérieux des auteurs est indéniable. Moins angélique et plus âpre que La flèche brisée, précédent film de Delmer Daves sur un sujet similaire, L’aigle solitaire montre combien il est dur d’obtenir la paix. Le chef indien incarné par un excellent Charles Bronson est franchement méchant mais digne.  Comme dans La captive aux yeux clairs, la violence surgit brutalement, sans que le spectateur ne s’y attende. Assez bavard et démonstratif, le film impressionne cependant par sa beauté plastique. Les paysages verdoyants de Monument Valley filmés en Cinémascope sont somptueux.

Smith le taciturne (Whispering Smith, Leslie Fenton, 1948)

Dimanche, juillet 4th, 2010

Un détective engagé par la compagnie des chemins de fer est partagé entre son sens du devoir et son amitié avec un fermier qu’il soupçonne de cacher les pilleurs de train.

Le scénario présente des personnages intéressants car leurs motivations sont multiples. Il est simplement dommage que le héros, joué par Alan Ladd, soit pur et parfait au delà de toute vraisemblance; cela donne au film un côté niais dont il se serait bien passé (Whispering Smith n’est pas Shane).  De plus, la matière dramatique est intéressante mais le développement narratif est somme toute basique. Il n’y a pas de point de vue donc il n’y pas de mystère. Un exemple: le fait de voir Robert Preston participer à un braquage enlève de l’intérêt à la scène suivante qui confronte Smith à l’épouse du fermier, tous deux ignorant où est parti Preston et s’interrogeant sur son comportement. Le spectateur, lui, sait déja et s’ennuie. La mise en scène est purement fonctionnelle. Whispering Smith reste tout de même un bon film, représentatif de la santé d’un art d’usine au sommet plus que du style d’un auteur.

La brigade héroïque (Saskatchewan, Raoul Walsh, 1954)

Jeudi, juin 17th, 2010

Alors que les Sioux vainqueurs de Custer passent la frontière canadienne pour mobilier les Crees dans leurs révolte, une poignée de soldats de la police montée canadienne entreprend une expédition pour avertir la garnison d’un fort du danger imminent.

L’histoire de ce commando en territoire hostile, à rapprocher de Objective Burma! et Distant Drums, est parasitée par la sous-intrigue inintéressante d’un protagoniste féminin. De plus, Shelley Winters n’étant pas la plus belle des actrices hollywoodienne, il est dur de croire à son personnage pour qui plusieurs hommes sont morts. Les enjeux politiques du scénario sont intéressants mais leur résolution simpliste montre le caractère très conventionnel de La brigade héroïque. Pourtant, la vivacité du rythme et surtout les splendides paysages canadiens remarquablement mis en valeur par un Technicolor très saturé rendent ce western agréable à regarder.

Juge et hors-la-loi (The life and times of judge Roy Bean, John Huston, 1972)

Samedi, février 20th, 2010

L’histoire de Roy Bean, ancien bandit qui s’autoproclama juge dans une petite ville à l’Ouest du Pecos.

Pendant les trois quarts du film, le ton est ironique et John Huston ne prend pas l’histoire qu’il raconte au sérieux. Du coup, le spectateur non plus. Si le parti-pris de faire une comédie, parti-pris impliquant notamment une rigueur scénaristique dont Juge et hors-la-loi est dépourvu, avait été clairement assumé, l’ennui aurait peut-être été moindre. Malheureusement, il s’agit plus pour l’auteur d’afficher son incrédulité par rapport aux conventions du genre en revêtant sa mise en scène de l’apparat de la modernité (les adresses à la caméra, complètement incongrues) que de divertir le public.

Cependant, après cette première partie stérile, le ton devient plus sérieux, le véritable sujet se dessine. C’est le portrait d’un rêveur dépassé par la réalité. Cela donne lieu à quelques jolies séquences dans lesquelles l’impuissance de Roy Bean est amèrement montrée mais on regrette d’autant plus qu’elles n’aient pas été portées par une dramaturgie plus étoffée.

L’expédition du Fort-King (Seminole, Budd Boetticher, 1952)

Jeudi, février 4th, 2010

Un officier dont le meilleur ami est le leader des Séminoles est affecté dans une garnison menée par un commandant qui veut anéantir ces Séminoles.

L’expédition de Fort-King est un western conventionnel reposant sur des dilemmes psychologiques éculés et peu développés. Les enjeux politiques de la pacification de la Floride sont outrageusement simplifiés suivant un procédé chère à la mauvaise dramaturgie hollywoodienne: le personnage du méchant porte tout le poids de la responsabilité du mal. Ce qui rend le film assez niais. Reste le décor inhabituel des marais de Floride mais la mise en scène n’a pas la vigueur de celle de Walsh dans Distant drums.

Rio Conchos (Gordon Douglas, 1964)

Vendredi, janvier 8th, 2010

En 1867, un tueur d’Apaches, un Mexicain condamné à mort et un officier de l’Union entreprennent une expédition à la frontière mexicaine afin de récupérer une cargaison de fusils dérobée par un ancien officier de la confédération sudiste.

Comme on peut l’entrevoir avec ce bref résumé, la richesse du background qui cumule guerres indiennes et relents de la guerre de Sécession assure une certaine complexité dramatique au film. En plus de rendre ambigües les motivations des personnages, elle permet à l’auteur (Rio Conchos est un des rares films dont Gordon Douglas a participé au scénario) de laisser libre cours à sa fantaisie. Ainsi, Rio Conchos est un western somme toutes assez conventionnel (exemple: le personnage du Mexicain hâbleur fait trop souvent “comique de service”) se distinguant par la cruauté et le baroque de plusieurs passages qui lui donnent une certaine ampleur. Il y a d’abord toutes les séquences de violence.

De l’introduction percutante au final apocalyptique, la maestria de Gordon Douglas dans les scènes d’action revêt des formes particulièrement variées. Cette virtuosité n’est pas pur ornement spectaculaire mais est l’expression sans fard d’une réalité exceptionnellement dure. La noirceur de Gordon Douglas vaut mieux que celle de Sam Peckinpah parce qu’elle n’est pas décorative, elle n’est pas au service d’une complaisante rhétorique de la frime. Par exemple, y a t-il eu dans l’histoire du genre évocation plus terrible d’un monde désolé que la découverte de la maison attaquée avec l’exécution de la mère ensanglantée qui s’ensuit?

Pourtant, le talent de Gordon Douglas ne se limite pas à la mise en scène de la violence. Citons donc le rêve fou du méchant qui donne lieu à une vision hallucinée, quasi-fantastique, vision tout droit sortie de l’imagination baroque d’un metteur en scène décidément inspiré: la reconstitution du vieux Sud dans le désert de Monument Valley. Malheureusement, cela reste une vision. En effet, s’il y a bien une chose qui empêche Rio Conchos de figurer parmi les plus grands chefs d’oeuvre du western, c’est une certaine forme de superficialité. Au cours du déroulement du récit, de nombreuse thématiques intéressantes sont effleurées mais aucune n’est privilégiée donc aucune n’est réellement développée. Les personnages restent au service de l’intrigue-reine. Ainsi, l’alliance entre le renégat sudiste et les Apaches aurait gagné à être affinée pour éviter d’apparaître comme un deus ex-machina.

Rio Conchos n’en reste pas moins un très bon film. Transition idéale entre le western classique et le western italien qui allait naître quelques mois plus tard, c’est peut-être le dernier témoignage d’une époque où les petits maitres étaient parfois en mesure de transcender les conventions et de se hisser alors à la hauteur des plus grands (Rio Conchos vaut largement les westerns que Raoul Walsh et John Ford ont réalisé la même année, à savoir La charge de la huitième brigade et Les cheyennes).

Chuka le redoutable (Gordon Douglas, 1967)

Dimanche, décembre 27th, 2009

Un pistolero solitaire aide une garnison de cavalerie à faire face à des Indiens affamés.

Résumé de cette façon, Chuka le redoutable a l’air très classique mais l’intérêt de ce western tient aux idées avec lesquelles les auteurs régénèrent les conventions d’un genre alors moribond. Ces idées expriment une vision de l’Ouest particulièrement sombre. Ainsi, dès le début, le spectateur sait que tout se terminera par le massacre des soldats puisque le film commence par un flashback. Le héros est un mélancolique qui agit à la fois comme un mercenaire et comme un amoureux désespéré. Ses tourments ne sont pas relatés avec une exceptionnelle finesse psychologique mais ils contribuent à donner de la consistance à l’histoire racontée. Par ailleurs, les soldats du fort y ont été envoyés par punition, ayant auparavant péché par lâcheté ou par insubordination. Cette dernière trouvaille est clairement la meilleure. Faire de la garnison un tas de damnés permet d’avoir une superbe galerie de seconds rôles. Ces personnages profondément fêlés sont vraiment émouvants. En plus de ce bon vieil Ernest Borgnine, il faut citer John Mills, plus connu pour ses rôles dans les films anglais de David Lean que dans les westerns, qui joue un magnifique commandant. Sans se départir de son efficacité habituelle, Gordon Douglas réalise plusieurs scènes saisissantes de noirceur. Certains plans sont d’une violence terrible qui anticipe celle de Aldrich dans Fureur Apache.

Bref, quelques moments plus platement conventionnels (le sauvetage dans le camp indien) que le reste n’empêchent pas Chuka le redoutable d’être un très bon film. C’est en fait un des meilleurs westerns américains de la décennie.

Les bravados (Henry King, 1958)

Jeudi, novembre 26th, 2009

Un étranger arrive dans une petite ville de l’Ouest la veille de la pendaison d’une bande de pilleurs de banque…

Et je n’en dis pas plus parce que l’exposition des Bravados est une des toutes meilleures du genre. Les informations sont distillées avec parcimonie, entretenant magistralement le mystère autour des personnages sans jamais que ce mystère ne devienne une fin en soi et n’en vienne à altérer l’intérêt de leurs caractères. Par la suite, le déroulement du film devient plus conventionnel mais Henry King sait exploiter les passages obligés pour épaissir ses personnages. Le talent de ce vétéran de la mise en scène se manifeste par exemple dans les séquences de violence d’une dureté assez inhabituelle. Cette dureté permet notamment d’exprimer l’horreur des sentiments qui animent les protagonistes, fussent-ils du bon côté de la barrière. Ces éclats au sein d’un ensemble d’une magnifique facture classique (c’est toujours Shamroy à la photo) contribuent au discours simili-langien d’un western qui se veut intelligent. On regrette donc les petites lourdeurs du scénario qui appuient ce discours à la fin. Elles empêchent Les bravados de se hisser à la hauteur de La cible humaine (le chef d’oeuvre de King dans le genre) ou des westerns de Mann scénarisés par Borden Chase. Il n’en reste pas moins un très bon film.